L’opposant Maurice Kamto, ancien candidat contre le Président Paul Biya à la présidentielle de l’an dernier, a été arrêté lundi dans un climat de grande agitation politique et une ambiance de fin de règne.

Maurice Kamto au cours de sa campagne électorale pour le scrutin présidentiel du 7 octobre, qu’il estime avoir remporté même si c’est Paul Biya qui a été déclaré vainqueur.
Maurice Kamto au cours de sa campagne électorale pour le scrutin présidentiel du 7 octobre, qu’il estime avoir remporté même si c’est Paul Biya qui a été déclaré vainqueur. © AFP / MARCO LONGARI / AFP

Samedi dernier, alors que Paris était en alerte pour l’acte X des gilets jaunes, plusieurs dizaines d’opposants au régime camerounais ont pris d’assaut l’ambassade de leur pays, dans le 16ème arrondissement, et l’ont saccagée ; avant d’en être délogés par la police. Une opération diffusée en direct sur Facebook, comme il se doit aujourd’hui. Des incidents similaires se sont déroulés à l’ambassade du Cameroun à Berlin.

Lundi, le leader de l’opposition camerounaise, Maurice Kamto, était arrêté et détenu au secret à Yaoundé, ainsi que plusieurs dirigeants de son parti, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). 

Parallèlement, des manifestations ont eu lieu le weekend dernier dans plusieurs villes du pays, dispersées par la police qui a interpellé plus de cent personnes ; et de nouveaux appels à descendre dans la rue ont été lancée pour ce samedi, un acte 2 en quelque sorte.

Il faut remonter à la présidentielle du 7 octobre dernier pour comprendre. Paul Biya, au pouvoir depuis 36 ans, se représentait pour un septième mandat. Un rituel électoral pour cet octogénaire qui, sans surprise, a été proclamé vainqueur. 

Mais le candidat de l’opposition, Maurice Kamto, officiellement crédité de 14% des voix, a déclaré que c’est lui qui avait gagné. Ses recours n’ont pas été entendus. Cet homme politique de 65 ans n’est pas un fantaisiste : ancien juriste international, il a un temps été ministre de Biya, avant de rompre avec le vieux président pour créer son parti.

C’est donc la suite de cette élection contestée qui se joue aujourd’hui, entre Yaoundé et Paris, dans un climat de fin de règne, accentué par les nombreuses crises auxquelles doit faire face le régime camerounais.

Il y a une grande nervosité à Yaoundé, autour d’un président vieillissant, fréquemment absent pour de longues vacances à l’étranger, et qui n’a aucun successeur apparent.

Le saccage de l’ambassade a alimenté la paranoïa du régime. L’agence officielle camerounaise se demande même si la France n’est pas « complice » de cette attaque, voire même, je cite, « des agitateurs tels que Georges Soros » ; Soros, le financier américain transformé en coupable idéal par l’extrême droite.

La réalité est plus simple, dans un pays en panne de gouvernance, qui craque de tous les côtés : en particulier dans sa région anglophone minoritaire, théâtre d’un soulèvement armé, et dans une jeunesse urbaine en mal de changement.

La France, qui a aidé Paul Biya à s’installer au pouvoir quand la Françafrique se réinventait sous la présidence de François Mitterrand, est inévitablement mêlée à la crise. Elle est critiquée quand elle se mêle trop des affaires intérieures, mais aussi quand elle se tait. 

Emmanuel Macron a dit tout haut en début de semaine ce qu’il pensait de l’état des droits de l’homme en Égypte, tout en réaffirmant son soutien à la stabilité du pays. La jurisprudence égyptienne devrait s’appliquer aussi au Cameroun, car un trop long silence serait complice.

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