Il reste peu de temps pour négocier un divorce à l'amiable entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne. Quelques semaines de septembre et d'octobre, tout au plus. Raison de plus pour faire le point sur les enjeux et la position (de faiblesse) de Londres.

Il faut d'abord souligner l'extrême difficulté de ces négociations et ce pour deux raisons : la 1ère est l'imbrication de la Grande-Bretagne dans l'économie européenne : la moitié des exportations et des importations de Londres sont à destination de l'Union.

L'ensemble représente 700 milliards d'euros. Pour vous donner une idée, 700 milliards d'euros, c'est la richesse annuelle produite par les Pays-Bas, rien de moins. La 2ème raison, c'est il n'y a pas de précédent. Les deux parties partent donc d'une page blanche.

Voilà pour le cadre général. Mais à cela s'ajoute une 3ème difficulté, entièrement britannique celle-là : il n'y a à Westminster ni une majorité pour une sortie raisonnable de l'Union, un soft Brexit, ni pour le « no deal » qui signerait l'échec des négociations.

En plus, il reste très peu de temps...

Il faut conclure avant octobre si l'on veut tenir le délai imposé par l'Union européenne, à savoir mars 2019. Pourquoi octobre ? Parce qu'il faudra ensuite que l'accord obtenu soit ratifié par l'ensemble des 27 membres de l'Union européenne.

Mais, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, vu de France, la position de Theresa May n'est pas si mauvaise : d'une part, depuis la démission le mois dernier des plus farouches Brexiters, son gouvernement est – comment dire – enfin cohérent, rassemblé.

Ensuite, les Britanniques ne sont jamais aussi bons négociateurs que lorsqu'ils jouent la montre. La tactique est assez simple à comprendre : abandonner l'accessoire pour se concentrer sur l'essentiel. L'accessoire, c'est l'agriculture et l'industrie.

L'essentiel, c'est donc les banques, les assurances, la City en somme...

Et sur ce point, les négociateurs britanniques ont commencé à se faire menaçant, expliquant par exemple que pas moins de 7 000 fonds d'investissements européens avaient de lourds intérêts en Grande-Bretagne et qu'ils ne faudrait pas leur nuire.

Le problème, c'est que ces menaces tombent un peu à plat. Les Européens ont commencé à rapatrier leurs avoirs et leurs opérations. La Deutsche Bank, par exemple, faisait savoir hier qu'elle rapatriait la moitié de ses opérations de clearing sur Frankfort.

C'est d'ailleurs le plus fascinant : avec l'Union européenne, la Grande-Bretagne avait obtenu le meilleur accord de libre échange possible. La City de Londres gérait l'essentiel des flux financiers de la zone euro sans en faire partie : le beurre et l'argent du beurre !

Quoique négocie Londres, ce sera moins favorable que sa place actuelle au sein de l'Union

Comment voulez-vous que l'Europe accepte que la City continue de gérer la zone euro alors que la Grande-Bretagne ne sera plus membre de l'Union. C'est sur ce point que portera l'essentiel des négociations et l'Europe ne pourra pas accepter le statu quo ante.

Il y en fait, un peu de nostalgie et de romantisme dans la position britannique. L'histoire de la Grande-Bretagne depuis le 16ème siècle a consisté à négocier des accords de libre échange... Mais en position de force, voire avec la canonnière en guise d'argument.

Or dans les négociations avec l'Union, ce n'est pas la Grande-Bretagne qui fixe les termes du divorce ni même le tempo. Toutes ces cartes-là sont entre les mains de Michel Barnier à Bruxelles. Et ça fait toute la différence 

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