Depuis quelques jours, le 45e président des Etats-Unis s'en prend au élus noirs de Baltimore. Une bonne façon de parler à sa base et de tenter de diviser une communauté noire qui n'est pas forcément tendre avec ses leaders.

Donald Trump et Elijah Cummings
Donald Trump et Elijah Cummings © Getty / The Washington Post / Contributeur

Donald Trump s'en prend depuis plusieurs jours aux Noirs américains. Pour être tout à fait juste, il s'acharne sur un Noir en particulier, Elijah Cummings, un député démocrate, et sur sa ville d'élection, Baltimore. On peut même dire qu'il en veut plus à « Charm City », c'est le surnom de Baltimore, qu'à son élu.

La circonscription de Baltimore dont M. Cummings est l'élu serait « dégoutante », « infestée de rats ». La ville portuaire de l'Est des Etats-Unis, « un exemple de corruption politique ». Evidemment, les élus noirs de Baltimore sont vent-debout !

La question c'est : pourquoi Baltimore et ses élus noirs ? Il faut comprendre qu'avec Donald Trump, il n'y a jamais très loin du téléspectateur au commentateur. Or Baltimore, dans la psyché américaine, c'est la ville corrompue par excellence.

Une série célèbre, des dizaines de films et un poncif plus tard...

La série télé The Wire était d'ailleurs d'autant plus crédible qu'elle avait pour sujet principal Baltimore, ses trafics, sa police et sa mairie corrompue. Par ailleurs, Baltimore est une cité aux deux-tiers noire. C'est même une des plus grande cité noire des Etats-Unis (la 7e par la population)

Donc, Donald Trump, en débinant Baltimore, ne fait que reprendre un poncif, sanctionné par des dizaines de films et de reportages télés. Mais pourquoi s'en prendre à cet élu démocrate en particulier et aux élus noirs de Baltimore en général ?

D'abord parce qu'Elijah Cummings est un des membres les plus actifs d'une Commission parlementaire qui s'est donnée pour vocation de fouiller le passé d'affairiste et le présent de l'administration Trump. Ce qui a le don d'énerver le 45e président.

La "caucus noir", une institution et un problème

Effectivement, il y a une autre raison, qu'on a du mal à percevoir de ce côté-ci de l'Atlantique. Elijah Cummings – comme Al Sharpton, une autre cible noire et new-yorkaise celle-là de Trump – est un cacique que la communauté noire. Une sorte de parrain, constamment réélu depuis 23 ans, démocrate évidemment, clientéliste de métier et de conviction, parfait représentant d'une classe politique arrogante et dominatrice, régnant sans partage sur sa communauté, ses électeurs et Washington.

Le type même de politiciens que les Américains adorent détester. Pas seulement les petits Blancs de la classe ouvrière, le fond électoral de Trump : leurs homologues noirs aussi qui ont une relation d'amour/haine pour ce « caucus » noir qui parle en leur nom.

Barack Obama, une épure de l'élite politicienne de l'Est des Etats-Unis

Barack Obama a peu traîné ses guêtres politiques dans cette assemblée informelle de politiciens noirs : à peine élu sénateur, il s'est retrouvé président des Etats-Unis ! Donc, le problème du "caucus" noir ne le concerne pas vraiment. Ensuite, pour beaucoup, avant d'être noir Obama est un patricien.

Etude à Harvard, directeur de la prestigieuse revue juridique de la plus prestigieuse université américaine, vacances à Martha Vineyard, comme les Bush, comme les Clinton, comme les Kennedy : Barack Obama est une épure de politicien de l'Est des Etats-Unis.

Enfin, Donald Trump est en campagne et qu'il n'a qu'une recette efficace à appliquer : électriser sa base. En s'en prenant à l'élite noire des élus démocrates, il parle aux siens et pile avant la deuxième vague de débats télévisés des candidats démocrates. Il leur gâche la fête, en somme.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.