Il y a deux Iran. Il y a, d’un côté, le pays légal, le régime des mollahs, la République islamique, le voile imposé aux femmes, un clergé qui a la haute main sur tout, l’armée, la Justice, les puissantes milices religieuses, la radio, la télévision. De l’autre, il y a le pays réel, un pays dont les trois quarts des ressortissants n’ont pas trente ans, qui sont nés ou ont grandi sous ce régime, veulent s’en affranchir comme on veut tuer le père, ne rêvent que de libertés, d’Occident, et surtout, d’Amérique, rusent en permanence avec les lois islamiques, transforment le voile en coquetterie et vivent, déjà, par télévisions interposées, dans un autre monde, musique, flirts et libération des mœurs. C’est ce pays double qui vote le 17 juin et cette élection présidentielle devient, jour après jour, un enjeu international car le candidat qui part favori, l’ancien Président Rafsandjani, voudrait tenter une synthèse des deux Iran, un compromis historique entre le régime et la jeunesse iranienne. S’il y parvenait, l’Iran pourrait devenir un jour la première puissance du Proche-Orient, redevenir ce que fut la Perse, un acteur régional incontournable mais aujourd’hui riche de son pétrole et avec lequel les Etats-Unis devraient compter. S’il échouait, la République islamique aurait, au contraire, joué sa dernière carte et l’Iran glisserait alors vers un raidissement qui précéderait, sans doute, de graves tensions intérieures et, nucléaire aidant, une confrontation avec les Etats-Unis dont la dynamique serait extrêmement inquiétante. Ce dont rêve Hachémi Rafsandjani, c’est d’une voie chinoise - le maintien d’un régime qui l’a fait prince mais qu’il voudrait transformer de fond en comble en préservant le pouvoir de la caste religieuse dont il est issu et en offrant, en échange, à la population une marge de tolérance beaucoup plus grande et les libertés économiques auxquelles aspirent les hommes d’affaires qui le soutiennent. Ce qu’il veut, c’est sortir le pays de son isolement économique, trouver un modus vivendi avec l’Amérique et pouvoir utiliser ainsi la richesse pétrolière de l’Iran pour apporter un minimum de bien-être et d’espoir à la jeunesse avant qu’elle ne se voit plus d’autre avenir que dans la révolte. Publié hier, son programme, son « Pacte avec le peuple », est éloquent. Il veut, dit-il, « privatiser le secteur public » et « développer les relations politiques et économiques avec les pays industrialisés pour utiliser leurs technologies et leurs capitaux au mieux des intérêts communs ». Il promet « d’empêcher l’intervention du gouvernement dans la vie privée », de « renforcer la liberté d’expression », de « défendre les droits de l’Homme et la liberté », d’« augmenter la participation des femmes à la vie publique » et le tout, « efficacement » et « dans le respect de la Constitution » - autrement dit avec le soutien de l’appareil clérical qui avait systématiquement mis les bâtons dans les roues du président sortant, le réformateur Mohammad Khatami dont les ambitions démocratiques épouvantaient les mollahs et dont l’impuissance a, en conséquence, créé une immense déception dans la jeunesse. Les Etats-Unis et l’Europe observent – avec beaucoup d’intérêt.

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