« Et maintenant quoi ? », leur ai-je demandé. Comment réagira l’Iran quand les grandes puissances présenteront - dès demain peut-être, en tout cas sous peu - ce paquet de menaces et d’incitations au compromis, de carottes et de bâtons, auquel elles travaillent depuis l’hiver ? Leurs réponses n’étaient guère encourageantes mais il fallait, pourtant, tendre l’oreille. A première vue, même les plus modérés d’entre eux, les plus subtiles, les plus diplomates, repoussent d’avance ces propositions. Elles ont été élaborées sans nous, disent-ils d’abord, comme si nous ne comptions pas, comme si seuls les grands de ce monde avaient le droit de négocier, entre eux, pour présenter ensuite, aux autres, des plans à prendre ou à laisser. La méthode ne plaît pas à Téhéran mais c’est, surtout, sur le fond que cela bloque car les Iraniens savent bien que toutes les offres qui vont leur être faites, coopération technique, entrée dans l’Organisation mondiale du commerce, livraison, même, de centrales atomiques civiles, ont une contrepartie. En échange, les grandes puissances veulent obtenir que l’Iran suspende pour plusieurs années tout enrichissement d’uranium car elles craignent que les progrès que la République islamique pourrait faire en ce domaine ne lui permettent, bientôt, d’accéder à la bombe. C’est là-dessus que tout se joue et là-dessus, les Iraniens ne veulent rien céder. Nous sommes prêts, disent-ils, à donner toutes les garanties possibles que nous ne passerons pas du civil au militaire mais nous voulons maîtriser la technologie de l’enrichissement et le ferons car nous ne voulons dépendre de personne pour nos approvisionnements en combustible. Inutile de discuter. Pour les Iraniens, ce n’est pas discutable car ils se souviennent, expliquent-ils, que les Occidentaux avaient rompu tous leurs accords de coopération nucléaire avec l’Iran après la chute du Chah et qu’ils ne veulent pas se retrouver un jour, une nouvelle fois, à la merci de pressions politiques. Nous voulons, martèlent-ils, notre indépendance énergétique car nos réserves pétrolières ne sont pas inépuisables, que nous avons à penser à l’avenir et ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Alors ? Rien à espérer ? Rien d’autre que l’engrenage des sanctions et une montée de la tension, une de plus, dans ce Proche-Orient de tous les dangers ? Tout le laisse croire mais, à bien tendre l’oreille, ce n’est pas encore certain. Derrière l’inflexibilité iranienne, il y a une autre musique, un « mais » qui tempère le « non » de façade et vient dire que deux inquiétudes se font face ; que l’Iran doit prendre en compte celles de l’Occident comme les Occidentaux doivent tenir compte des craintes iraniennes et que l’urgence est de passer maintenant à de « vraies négociations », entre égaux, qui permettraient d’arriver à se comprendre, en deux ou trois mois, dit-on. On ne voit pas trop comment. Cela semble bien court mais le fait est que les propositions des grandes puissances ne seront pas à prendre ou à laisser et que des négociations ne sont pas impossibles. Entre le noir et le blanc, il y a le gris, ce temps et ces méandres dont tout le monde a besoin. Bernard Guetta, en diret de Téhéran (Iran)

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