Un ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri, est assassiné à Beyrouth il y a deux ans. Tout désigne, là, les services secrets syriens non seulement parce que la Syrie occupait encore le Liban à cette date et qu’une opération de cette envergure n’aurait pas pu être montée sans elle mais, surtout, parce que Rafic Hariri était considéré comme un gêneur à Damas. Le crime paraît tellement signé que les Libanais se soulèvent dans d’immenses manifestations pacifiques qui conduisent les Etats-Unis, la France et les grandes capitales arabes à exiger et obtenir de la Syrie le rappel de ses troupes. D’un mal sort un bien. Le Liban s’est ainsi débarrassé de l’occupation d’un pays voisin qui ne se résout pas à ce que les partages coloniaux l’aient séparé de lui mais reste encore à confondre et juger les coupables de ce meurtre. C’est ainsi qu’est née l’idée de ce Tribunal international que le Conseil de sécurité a décidé d’instituer hier après vingt mois de batailles libano-libanaises entre alliés et adversaires de la Syrie. A priori, tout est bien. D’Etat ou pas, ce crime ne restera pas impuni. L’Onu vient, par là, de dire au régime syrien qu’il ne pouvait plus continuer à tirer impunément les ficelles du Liban. C’est l’idée même de Justice internationale qui triomphe, d’une Justice qui s’imposerait de l’extérieur aux régimes les plus dictatoriaux, mais les choses ne sont malheureusement pas si simples. Elles ne le sont pas car il y a, dans les relations internationales, une valeur plus essentielle que la Justice. Cette valeur, c’est la paix, nécessairement fondée sur le compromis, sur un donnant-donnant pas bien propre et fondamentalement contraire à la Justice qui ne peut pas le prendre en compte sans déroger au droit. C’est si vrai que le Premier ministre libanais, Fouad Siniora, l’homme des adversaires de la Syrie, un souverainiste qui souhaitait ardemment cette résolution de l’Onu, s’est précipité à la télévision sitôt qu’elle eut été adoptée pour déclarer que « ce Tribunal n’était dirigé contre personne et en particulier pas contre la Syrie sœur ». Ce n’était évidemment pas son cœur qui parlait. C’était sa raison car la Syrie a toujours les moyens de mettre le Liban à feu et à sang et qu’il s’agit, pour Fouad Siniora et son gouvernement, d’utiliser ce Tribunal qui ne siègera pas avant un an au moins, pour trouver un équilibre avec Damas. Pour le Liban, c’est une question de guerre ou de paix mais il n’y a pas que pour les Libanais que ce Tribunal est un instrument, plus politique que judiciaire. C’est tout aussi vrai pour les Etats-Unis, la France et les capitales arabes qui veulent beaucoup moins voir s’écrouler le régime syrien sans savoir qui prendrait sa place que l’amener à admettre l’indépendance du Liban et à s’éloigner, avant tout, de l’Iran auquel son isolement l’a allié. C’est moins un procès qui s’annonce qu’une longue partie d’échecs.

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