On en dit, désormais, que voilà, c’est fait, il s’éveille. Pas totalement infondé, c’est le bruit qui court sur ce continent africain que la France reçoit aujourd’hui, à Nice, en grande pompe mais qu’en est-il réellement ? Depuis l’année dernière, l’Afrique, près du quart de la superficie mondiale, compte plus d’un milliard d’habitants, chrétiens et musulmans à parts sensiblement égales. D’environ 6% dans les deux années qui avaient précédé le krach de Wall Street, son taux de croissance est retombé à 2,5% l’année dernière mais devrait atteindre les 4,5% cette année et dépasser les 5% en 2011. Loin des images toutes faites, l’Afrique n’est plus seulement ce continent de tous les malheurs conjugués, épidémies et famines, dictatures, misère et corruption. Saignée par l’esclavagisme, pillée par le colonialisme, ruinée par une rare collection de dirigeants incompétents après les indépendances des années 50 et 60, l’Afrique – c’est vrai – relève la tête avec quelques timides progrès de la démocratie, moins d’arbitraire et un démarrage économique trop bienvenu pour ne pas le souligner. L’Afrique n’est plus un continent sans espoir mais on ne peut pas oublier que, lorsqu’on part de si bas, un taux de croissance ne signifie pas grand-chose au quotidien. Alors que l’Inde et la Chine ont tourné la page des famines, l’Afrique reste le continent le plus touché par la sous-alimentation dont souffrent 28% de sa population et l’Afrique sub-saharienne concentre à elle seule 67% de l’ensemble des personnes malades du Sida de par le monde. Assise sur d’immenses richesses, pétrole, minerais et terres arables inexploitées, l’Afrique demeure, et de loin, le plus pauvre de tous les continents mais, depuis le début de ce siècle, son atout est de furieusement intéresser les pays émergents, Chine en tête, qui ont besoin de ses matières premières pour soutenir leur propre croissance et trouvent, là, un immense débouché pour leurs productions à bas coûts et, surtout, leurs entreprises de bâtiment et travaux publics qui peuvent y construire à des prix de moitié moins élevés que ceux des entreprises occidentales, européennes et américaines. C’est ainsi que l’Afrique devient en ce moment même, sous nos yeux, l’un des principaux théâtres des transformations en cours de l’économie mondiale. En un rien de temps, la Chine s’est placée en tête des pays exportateurs vers l’Afrique. Elle vient de conclure, en République démocratique du Congo, un gigantesque accord aux termes duquel elle y développera les infrastructures en échange de droits d’exploitation miniers. La Corée du Sud et la Chine louent des mines et des terres à Madagascar. La Lybie exploite des terres en bail au Mali. Sur tout le continent, les compagnies pétrolières chinoises battent en brèche l’ancien monopole des compagnies occidentales. Les pays émergents mettent la main sur l’Afrique où la Chine est d’autant plus appréciée des gouvernements en place que, contrairement aux anciennes puissances coloniales, elle ne se soucie pas, et pour cause, de leur donner des leçons sur l’état de droit. L’Afrique s’éveille et l’Europe ferait bien de se réveiller avant de l’avoir perdue.

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