Avec Vladimir Poutine, c’est au fond des choses que François Hollande tentera d’aller demain soir. En le recevant à l’Elysée pour ce qui sera leur première rencontre, le président de la République n’essaiera pas même de lui faire partager son indignation sur les massacres qui ensanglantent la Syrie.

Non. Face à cet homme auquel l’émotion est étrangère, François Hollande parlera plutôt des intérêts à long terme de la Russie et du rôle que la France souhaite lui voir jouer dans le monde mais quel sera l’état d’esprit de son interlocuteur et pourquoi protège-t-il le régime syrien ?

Il y a deux raisons à cela. La première est que le président russe est convaincu que le printemps arabe et les révolutions de couleur qui l’avaient précédé dans l’ancienne Europe communiste sont l’œuvre des services américains. Pas de doute pour lui, non seulement tout cela a été organisé par la CIA mais il est le prochain sur la liste et la preuve en est à ses yeux que les manifestations de cet hiver à Moscou s’inspiraient, dans leur forme, du printemps arabe comme les révolutions arabes s’étaient inspirées des révolutions de couleur qui s’étaient multipliées après la chute de Milosevic en Serbie.

En défendant Bachar Al-Assad, c’est lui-même qu’il défend et la seconde raison de ce soutien est que Vladimir Poutine craint que la chute des dictateurs arabes ne renforce l’islamisme auquel il est lui-même confronté dans le Caucase. Il partage, en un mot, l’analyse toujours très répandue selon laquelle l’absence de démocratie serait de loin préférable aux victoires électorales remportées par les islamistes depuis qu’ils peuvent se présenter à des élections libres.

François Hollande pourrait essayer de contrer ces deux convictions. Il pourrait dire à son hôte que, si les fondations américaines, démocrates et républicaines, vantent effectivement les mérites de la non-violence comme arme politique et y forment ouvertement des militants, ce ne sont pas elles qui ont inventé les révoltes démocratiques que la diplomatie américaine soutient mais n’aurait pas eu les moyens d’organiser. Il pourrait également faire valoir à Vladimir Poutine que rien n’est plus redoutable pour l’islamisme que l’exercice du pouvoir auquel il s’use déjà et que les dictatures nourrissaient le djihadisme qui nourrissait les dictatures.

En disant cela, François Hollande dirait vrai a mais c’est à d’autres réalités que le président russe pourrait être sensible. Il pourrait finir par entendre que la révolte syrienne ne désarme pas mais s’étend, que ce régime perd pied, que la Russie mise sur le mauvais cheval, se fait haïr de tous les Arabes et choque si bien les Occidentaux qu’il lui sera de plus en plus difficile de bâtir de vrais ponts avec eux. Le président de la République pourra ajouter que l’Union européenne et la Russie ont besoin l’une de l’autre pour assurer la stabilité et la prospérité du continent Europe, que c’est dans cette œuvre commune que la Russie joue son avenir, que la France ne souhaite qu’y travailler avec elle et que le meilleur moyen qu’elle aurait d’en jeter les bases serait de contribuer à une transition pacifique en Syrie en faisant pression sur Bachar al-Assad.

Ces idées-là peuvent faire leur chemin mais on n’y est pas encore.

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