Après sa défaite aux élections européennes, le leader de l'opposition travailliste se dit "prêt" à envisager un second référendum sur le Brexit. Un tournant après une longue période d'ambiguïté qui s'est payée dans les urnes.

Dans la recomposition politique qui balaye tout le continent européen, il faut s'arrêter sur un cas particulier, celui du parti travailliste britannique. Ce vieux parti historique était idéalement placé pour profiter de la décomposition du Parti conservateur dans la crise du Brexit. Le pouvoir aurait du être à prendre comme un fruit mûr. 

Or aux élections européennes de dimanche, organisées aussi au Royaume Uni pour cause de retard dans le Brexit, les Travaillistes ont enregistré un score désastreux de 15%, pas glorieux pour le premier parti d'opposition. Ce n'est pas aussi tragique que pour les Conservateurs, qui ont fait le pire score de leur histoire ; mais celui du Labour est tout aussi inquiétant pour Jeremy Corbyn, le leader travailliste. 

Les grands bénéficiaires de ce double désaveu ont été le populiste pro-Brexit Nigel Farage, et les deux formations clairement pro-européennes, les libéraux-démocrates et les Verts. 

Au lendemain de cette défaite cuisante, Jeremy Corbyn a annoncé un infléchissement de sa ligne, en indiquant qu'il se tenait prêt à soutenir un second référendum sur le Brexit. Car c'est le manque de clarté du Parti, et surtout de son leader, sur la question qui divise si profondément le Royaume Uni, qui est au coeur de la désertion des électeurs. 

Issu de la gauche du Parti, Corbyn était en phase avec sa base sur les questions sociales. Mais il s'est retrouvé incapable de l'incarner sur la question du Brexit. Au fond de lui-même, il est un authentique eurosceptique. 

Mais la sociologie du Parti travailliste est écartelée entre un électorat populaire qui a voté Brexit, et la jeunesse urbaine qui s'est ralliée au Labour en raison des accents de gauche de Corbyn, mais qui est culturellement pro-européenne et a voté Remain. Un grand écart que Corbyn a tenté de gérer depuis deux ans sans trancher. Il s'est abrité derrière son hostilité à Theresa May, estimant qu'on ne sort de l'ambiguité qu'à ses dépens. 

Mais c'est le contraire qui s'est produit : il paye le prix de cette ambiguité. 

Alors aujourd'hui Corbyn tente de limiter la casse en se ralliant, au moins en mots, à la demande d'un second référendum qui a fait descendre des centaines de milliers de Britanniques dans les rues ces derniers mois. Mais sa sincérité est sérieusement contestée. 

Tout ça ressemble à un immense gâchis politique, ou comment un Parti d'opposition placé en position d'incarner une alternative à un pouvoir discrédité, peut passer à côté de l'histoire. Un échec révélateur de la confusion politique durable qui s'est installée dans le royaume.

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