Au lendemain du deuxième coup d’état en quelques mois au Mali, le président français pose deux conditions au maintien des troupes françaises engagées contre les djihadistes. Une manière de faire pression sur les nouveaux dirigeants maliens et ceux de la sous-région.

Le colonel Assimi Goïta (au centre) lors d’une conférence de presse après son premier coup d’état, en août 2020. Il avait alors cédé la présidence à Bah N’Daw qu’il a destitué la semaine dernière.
Le colonel Assimi Goïta (au centre) lors d’une conférence de presse après son premier coup d’état, en août 2020. Il avait alors cédé la présidence à Bah N’Daw qu’il a destitué la semaine dernière. © AFP / MICHELE CATTANI / AFP

Que défend la France au Mali et plus généralement au Sahel ? C’est le genre de questions qu’un gouvernement essaye plutôt d’éviter lorsque plus de 5000 soldats sont déployés dans une guerre lointaine et complexe.

Emmanuel Macron a pourtant décidé de poser la double question du maintien de la présence militaire française au Mali au lendemain du deuxième coup d’état en quelques mois dans ce pays placé au cœur de la guerre anti-djihadiste. Le colonel malien Assimi Goïta, auteur du coup d’état de l’été dernier, a récidivé la semaine dernière, et est désormais seul maître à bord. Il tentait hier de convaincre les chefs d’État de la sous-région de lui laisser les mains libres.

Mais c’est Emmanuel Macron, dans son interview au « Journal du dimanche » hier, qui a créé la surprise en posant deux conditions à la poursuite de l’opération Barkhane, c’est-à-dire l’engagement de soldats français qui risquent leur vie sur un sol étranger.

La première est la nature du pouvoir malien ; la seconde, plus complexe, est que le Mali n’aille pas -ce sont ses mots- « dans le sens » d’un islamisme radical.

Pourquoi poser ces questions aujourd’hui ? D’abord parce que rien ne se passe comme prévu… En février, au sommet de N’Djamena, la France et les cinq pays de la région engagés dans le « G5 Sahel », avaient défini une stratégie visant à sortir du « tout militaire », et à amorcer le retour des États dans les zones déstabilisées.

Or depuis, le président du Tchad est mort brutalement, et c’est son fils qui l’a remplacé dans une succession dynastique peu orthodoxe ; puis ce coup d’état dans le coup d’état au Mali, qui pose clairement la question de la légitimité des interlocuteurs de la France. « Je ne resterai pas aux côtés d’un pays où il n’y a plus de légitimité démocratique ni de transition », déclare ainsi Emmanuel Macron au « JDD ». 

Vient ensuite sa mise en garde sur l’islam radical, où là encore, il déclare sans détour : « il y a aujourd’hui cette tentation au Mali. Mais si ça va dans ce sens, je me retirerai ». Que vise cette menace ? De quelle tentation parle-t-il ? Celle, semble-t-il, de certains acteurs politiques de négocier avec des factions djihadistes, au niveau local, pour rétablir la paix, au prix de concessions sur l’islamisation.

Emmanuel Macron peut-il aller au bout de ces menaces de retrait ? Ca parait peu probable. D’abord parce que ça serait un échec de partir sans avoir atteint l’objectif de l’intervention, ce n’est pas dans sa nature, de surcroit à un an de la présidentielle.

Mais il prend un risque en faisant monter la pression sur les dirigeants maliens, comme sur les dirigeants africains de la région qui sont les arbitres de l’après-coup d’état. Le risque de dire « retenez moi ou je pars » est d’alimenter l’impopularité de la France dans une partie de la société malienne, et celle d’une intervention militaire accueillie en libératrice en 2014, lors de l’arrêt d’une colonne djihadiste, et qui n’a cessé de s’étendre sans que la menace djihadiste ne s’affaiblisse, au contraire.

L’autre risque est situé en France, où le combat anti-djihadiste est compris, mais beaucoup moins quand le Président français s’affiche avec un officier à la légitimité discutable, ou quand des paras passent plus de temps dans leurs jeux de pouvoir qu’à se battre dans les étendues désertiques sahéliennes. Une fois de plus, il y a besoin de clarification sur une mission menacée d’enlisement.

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