Cette guerre ne tourne pas mal. Elle tourne très mal, ca plus les jours passeront sans que le régime de Saddam Hussein ne tombe, moins les Irakiens se risqueront à parier sur sa chute et moins ils se rallieront à l’offensive anglo-saxonne. Plus la guerre, en conséquence, durera, plus les bombardements feront de victimes dans la population civile, plus les Irakiens auront à souffrir de ces pilonnages, du manque de vivres, de médicaments et d’eau et plus c’est l’ensemble de l’Irak qui se sentira agressé, envahi par une puissance étrangère qui n’hésite pas à le crucifier pour le libérer. Autrement dit, plus la guerre dure, moins elle affaiblit le régime de Saddam, plus elle le renforce au contraire, et ce n’est pas le pire. Au douzième jour de cette offensive, Saddam est en passe de devenir un héros, non seulement du monde arabe mais de l’ensemble, aussi, du monde musulman. Du Maroc au Pakistan, en Egypte et dans tout le Proche-Orient, même dans des milieux où l’on ne ressentait pas la moindre sympathie pour lui, même dans des milieux où l’on aspire à la démocratie et abhorrait sa dictature, Saddam Hussein devient celui qui fait face et résiste à la puissance américaine. Les manifestations de solidarité se multiplient. Trois cent mille personnes à Peshawar, près de 200 000 à Rabat, 100 000 à Djakarta. Les universités et la presse égyptiennes sont en ébullition. En Egypte, les autorités ont préféré prendre la tête des manifestations pour éviter qu’elles ne les désavouent. Encore quelques jours haï des islamistes et les Etats-Unis auront transformé un dictateur aux abois, haï de son peuple, haï des Iraniens, méprisé par la jeunesse arabe et largement ignoré du reste de l’Islam, en un héros des pays arabo-musulman. Encore quelques jours et les capitales arabes, même les plus liées d’entre elles aux Etats-Unis, devront se démarquer de Washington ou prendre le risque de troubles. La déstabilisation menace le monde arabe où les prêches s’enflamment et, déjà, des volontaires, notamment algériens, convergent vers l’Irak, en nombres croissant. Dans ce contexte, l’attentat suicide dont quatre soldats américains ont été victimes samedi pourrait bien n’être que le premier d’une série. Saddam Hussein l’a personnellement applaudi. Les mouvements palestiniens les plus extrémistes se proposent d’envoyer des bombes vivantes en Irak et le Vice-président irakien, Taha Yassine Ramadan, a exhorté Irakiens et Arabes à s’en prendre « par tous les moyens » à « l’ennemi américain et britannique », quitte à le « poursuivre chez lui ». Le message est clair. Il y a peu de raisons qu’il ne soit pas entendu et si des attentats d’ampleur frappaient, demain, les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, ils créeraient une dynamique folle et difficilement enrayable. On ne peut, bien sûr, pas exclure un retournement. Un missile peut avoir, à chaque instant, raison de Saddam Hussein mais, pour l’heure, c’est une machine infernale qui s’enclenche.

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