Hier soir, ses collaborateurs faisaient leurs cartons. Sauf coup de théâtre, toujours possible dans les rebondissements de la composition d’un nouveau gouvernement, Dominique de Villepin devrait avoir quitté, d’ici demain, le ministère des Affaires étrangères pour rejoindre celui de l’Intérieur, Place Beauveau, à deux pas de l’Elysée dont il avait été, sept ans durant, le secrétaire général, fidèle entre les fidèles de Jacques Chirac. Spectaculaire, puisque Dominique de Villepin incarnait la politique étrangère, la plus nette, peut-être la seule des réussites de cette Présidence, ce changement d’affectation est la plus importante des nominations qui seront annoncées aujourd’hui. En allant Place Beauvau, l’homme qui donnait un tel lustre à la diplomatie française, sans doute laissée au très européen Michel Barnier, ne devient en effet pas seulement le premier flic de France. Il a également, et surtout, reçu pour mission de Jacques Chirac de se faire mieux connaître des Français, de n’être plus seulement l’acteur de la scène internationale qu’il est depuis deux ans mais de devenir aussi présent sur la scène intérieure, plus proche des problèmes quotidiens du pays, et de s’installer ainsi dans l’antichambre de Matignon, successeur non désigné, bien sûr, mais évident de Jean-Pierre Raffarin. Le calcul de Jacques Chirac est simple. A l’actuel Premier ministre, reconduit hier malgré la plus sismique possible des défaites électorales, la charge d’essuyer l’échec programmé des élections européennes, à la mi-juin, et de faire passer, quand l’été venant interdira de grandes mobilisations de rue, une impopulaire réforme de la Sécurité sociale. Une fois cela fait - espère Jacques Chirac- viendra le moment d’aborder la deuxième mi-temps du quinquennat, portée par la reprise qu’annoncent les économistes et incarnée, comme nouveau chef du gouvernement, par Dominique de Villepin qui serait alors en position d’être le candidat de la droite en 2007. Bien des choses peuvent contrarier ce dessein du président, ce destin présidentiel de son fils spirituel. La reprise, d’abord, peut n’être pas au rendez-vous. Dominique de Villepin peut moins bien réussir Place Beauveau qu’au Quai d’Orsay. Le nouveau gouvernement Raffarin (c’est la principale hypothèque) pourrait bien exploser en vol car, vacances ou pas, il sera difficile à un Premier ministre démonétisé de braver l’impopularité en s’attaquant à la Sécurité sociale. La compétition, enfin, et cela va sans dire, sera rude avec Nicolas Sarkozy, le prétendant déclaré, fils spirituel, lui, d’Edouard Balladur. Entre ces deux hommes, va se rejouer la bataille de 1995, la bataille des deux droites. Elle sera rude, sans pitié. Aux Finances, Nicola Sarkozy pourra se targuer d’une reprise qui sera aussi indispensable à l’un qu’à l’autre. A l’Intérieur, Dominique de Villepin connaîtra moins d’embûches, n’aura pas à jongler avec un budget percé, et pourra utiliser sa flamme pour se faire l’homme de la cohésion nationale, d’une France cherchant, trouvant peut-être, ses mythes refondateurs. C’est un intermède qui s’ouvre aujourd’hui. Ca passe ou ça casse.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.