La paix, la défense la politique étrangère – tout était politique dans l’ambition première de ce processus d’unification européenne qui démarre à la fin de la guerre pour en arriver maintenant, avec cette Constitution, au moment clé de son Histoire. Le continent des Lumières venait, alors, de sombrer dans un abîme de barbarie. L’Europe n’était plus qu’un champ de ruines. Le soviétisme y étendait son empire. Tout poussait les démocraties européennes à s’unir pour se reconstruire et se défendre mais si tout le monde en était d’accord, si le Congrès de La Haye convoqué à cet effet au printemps 1948 avait réuni 19 Etats et plus de mille délégués, cette ambition se heurte, dès cette date, à un différent de fond que, six décennies plus tard, le projet de Constitution ne tranche toujours pas. Grande-Bretagne en tête, les uns ne veulent pas entendre parler d’autre chose que d’une classique coopération entre Etats, institutionnalisée, poussée mais ne tendant pas même à dépasser les souverainetés nationales dans une souveraineté commune. Les autres, menés à l’époque par la France et la Belgique, proposent de marcher vers une Fédération, de le faire progressivement, prudemment mais en dotant déjà l’Europe d’une Assemblée parlementaire, délibérant à la majorité et disposant de grandes compétences. On ne parle pas encore d’Europe puissance mais c’est bien cela qui est au cœur du débat, l’ambition, d’un côté, d’une renaissance par l’unité politique, l’arrimage, de l’autre, aux Etats-Unis, devenus sur la banqueroute de l’Europe, la première des démocraties, la seule à pouvoir s’opposer à l’Union soviétique. Ressuscitées dans toute leur vigueur au moment de la guerre d’Irak, ces deux visions de l’avenir européen se révèlent tellement inconciliables que le ministre français des Affaires étrangères, Robert Schuman, propose un détour. Commençons, dit-il en 1950, par mettre nos souverainetés en commun dans des domaines, concrets et limités, où le besoin de supranationalité s’impose. Ce sera la Communauté européenne du charbon et de l’acier, la Ceca, première ébauche, à six, de la future Communauté, ancêtre de l’actuelle Union à vingt-cinq. Ca marche. Dans ce domaine, l’Europe se fédéralise mais la tension Est-Ouest devient telle en ce début des années cinquante qu’il faut réarmer l’Allemagne. Problème. La France, encore elle, toujours elle, propose de créer une armée européenne intégrée, un cadre comprenant des soldats allemands mais pas d’armée allemande. Cette idée de la Communauté européenne de Défense prend si bien qu’on décide, logiquement, de donner à la CED des institutions politiques, deux chambres et un gouvernement collégial. La France va réaliser son ambition d’Europe politique. Tout est prêt. C’est fait mais la France vote non, refuse son propre projet, car les gaullistes, les communistes une partie des socialistes sont pris de vertige devant cet engrenage supranational. La France tue son enfant, exactement comme elle est tentée de le faire aujourd’hui, et la construction européenne ne redémarrera qu’avec la Communauté, construction économique, technique et sans âme, administration désincarnée qui suscitera toujours plus de défiance que d’enthousiasme.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.