Un événement peut en cacher un autre. La réunion, hier, à Berlin des ministres des Affaires étrangères de l’Allemagne et des cinq membres permanents du Conseil de sécurité aura marqué une nouvelle étape dans le bras de fer entre les grandes puissances et l’Iran. Au-delà du refus de la Chine et de la Russie d’envisager, à ce stade, des menaces de sanctions contre la République islamique, cette réunion aura confirmé l’unanimité des Grands dans leur refus de laisser aller la théocratie iranienne vers l’armement nucléaire mais un autre tournant a été pris à Berlin. L’Allemagne était, hier, hôte, organisatrice et partie prenante d’une réunion internationale de première importance. On disait les « 5+1 », le Conseil de sécurité plus la République fédérale. Le Conseil s’était, de fait, élargi à l’Allemagne sur le plus brûlant des dossiers du moment et cela ne devait rien au hasard car, unifiée depuis 1990, replacée au cœur de l’Europe par l’élargissement de l’Union européenne dont elle est, de loin, le plus peuplé des Etats, l’Allemagne est, aujourd’hui, la première puissance de l’Union. C’était écrit depuis la chute Mur mais il a fallu l’unification, le transfert de sa capitale de Bonn à Berlin et le dépassement des premières et difficiles années de fusion entre les Allemagne de l’Est et de l’Ouest, pour que l’évidence s’avère. Non seulement l’Allemagne n’est plus le nain politique qu’elle fut durant tout l’après-guerre, non seulement elle n’est plus dans l’ombre de la France en Europe et des Etats-Unis dans le monde, mais elle est si clairement le premier des grands européens que c’est avec elle, à trois, que la France et la Grande-Bretagne avaient tenté, après la chute de Saddam Hussein, de dissuader l’Iran de se doter de la bombe. L’Europe n’aurait tout simplement pas pu s’engager là sans que l’Allemagne ne soit présente, en première ligne, car l’entreprise aurait alors manqué de crédibilité. C’est ainsi que la République fédérale est devenu l’un des acteurs majeurs de la crise iranienne après s’être engagée au Kosovo puis en Afghanistan et quand ce dossier est remonté au Conseil de sécurité, l’Allemagne était là, incontournable et nécessaire, et y est restée. L’Allemagne a mis un pied au Conseil de sécurité, dans le club le plus fermé du monde. Elle en devient, en quelque sorte, membre associé, sans siège mais d’autant plus influente que tout concourt à lui donner du poids. L’élection d’une chancelière née en Allemagne de l’Est a définitivement tourné la page de la division. Première puissance économique de l’Union, l’Allemagne profite, en deuxième lieu, de l’effacement progressif du Premier ministre britannique et du Président français, l’un et l’autre plus près de la sortie que de l’affirmation alors qu’Angela Merkel est, au contraire, forte des années qu’elle a devant elle. Et l’Allemagne, enfin, est au cœur politique de l’Union, de plein pied avec les nouveaux membres car sa chancelière sort, comme eux, du bloc soviétique ; en connivence naturelle avec les Scandinaves et courtisée par la Grande-Bretagne et la France entre lesquelles elle est en position d’arbitrer. C’est d’Iran qu’on parlait, hier, à Berlin mais on n’y voyait que l’Allemagne.

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