Le faut-il ou pas ? Faut-il ou non que la France, comme Nicolas Sarkozy l’a, d’ores et déjà, décidé et annoncé, la semaine dernière, à Londres, envoie quelques mille soldats de plus en Afghanistan ? La question sera débattue, demain, à l’Assemblée nationale. « Spirale vietnamienne », diront les uns. « Défense de l’intérêt national », répondront les autres. La séance promet d’être houleuse mais la réponse est tout, sauf simple. A priori, tout pousse à rejeter cette décision. Les Etats-Unis se sont si bien désintéressés de l’Afghanistan après y avoir renversé les Taliban à l’automne 2001, ils ont si bien cru que la chute de ce régime réglait tout et si bien détourné vers l’Irak les moyens financiers qu’il aurait fallu y investir, que les Taliban ont désormais repris pied dans tout le Sud du pays. Déçus de ne pas avoir vu arriver les dollars avec les tanks, de ne pas voir construire les routes, les écoles et les hôpitaux qu’ils s’attendaient à voir sortir de terre dans la foulée de cette intervention, les Afghans sont passés de l’espoir à la colère, de l’hostilité envers l’ancien régime au rejet d’envahisseurs dont les bombardements ne tuent pas que des terroristes et l’anarchie s’est bien vite installée. Malgré le soutien occidental et le consensus qui l'avait, d’abord, entouré, le gouvernement d’Hamid Karzaï ne contrôle plus, et mal, que le cœur de Kaboul. Les seigneurs de la guerre civile ont repris le contrôle de régions entières. Seule ressource d’une immense partie de la population et source d’une corruption généralisée, la culture du pavot prospère comme jamais et, petit à petit, plus habiles, moins fanatiques, les Taliban en sont venus à incarner l’ordre et retrouver une popularité. La victoire s’offre aux hommes de l’ancien régime et elle ne constituerait pas seulement une tragédie pour l’Afghanistan. Bien pire encore, elle serait un facteur de déstabilisation supplémentaire pour le Pakistan voisin et renforcerait les réseaux djihadistes en leur redonnant une base territoriale et en alimentant, surtout, leur mythologie sur l’inéluctable défaite des « croisés » devant la levée en masse de l’Islam. Nicolas Sarkozy n’a, autrement dit, pas tort de dire qu’on ne peut pas en arriver à cela mais l’envoi de renforts, français, américains et autres, ne pourrait avoir d’effet que si les Etats-Unis acceptaient de totalement revoir leur politique afghane, non seulement de mettre de l’argent dans ce pays mais d’envisager, aussi, de faire la part du feu, d’éloigner les Taliban d’al Qaëda en leur proposant de participer à un gouvernement d’union. C’est ce que souhaitent les Britanniques qui ont pris des contacts en ce sens, avec les Taliban. L’engagement de renforts français pourrait, peut-être permettre à la France et au Royaume-Uni de peser ensemble sur les Etats-Unis pour tenter de leur imposer cette orientation nouvelle. Ce serait éminemment souhaitable mais l’étonnant avec Nicolas Sarkozy est qu’il ne pose aucune condition aux Américains, pas plus pour ces renforts afghans dont ils ont tant besoin que pour le retour de la France dans l’Otan. Si c’est une tactique, elle est trop risquée pour être bonne. Si c’est un complet suivisme, il ne mènera personne à rien de bon.

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