Il a fallu quinze ans de recul et treize heures de débats, mais c’est fait. A l’issue d’une séance retransmise en direct par la télévision, le Parlement serbe a adopté, la nuit dernière, une résolution reconnaissant et condamnant le massacre commis, en juillet 1995, contre la population de Srebrenica, le plus atroce des crimes de guerre commis en Europe depuis la fin du nazisme. A l’époque, les conflits nés de l’éclatement de la Yougoslavie se concentraient en Bosnie Herzégovine, la plus multiethnique des Républiques sorties de cette fédération désunie dans le sillage de la chute du Mur de Berlin. Trois populations se mêlaient en Bosnie, des Serbes, des Croates et des Musulmans, des musulmans convertis aux temps de l’occupation ottomane et auxquels la Yougoslavie avait donné un statut national pour asseoir leurs droits. En Bosnie, les Croates voulaient leur rattachement à la Croatie, les Serbes à la Serbie alors que les Musulmans voulaient conserver à cette République ses anciennes frontières fédérales car elle était, à leurs yeux, leur Etat nation comme les autres peuples yougoslaves avaient désormais le leur. En ce début de l’été 1995, les forces bosno-serbes, armées et financées par la Serbie, veulent donc s’assurer le contrôle du nord-est de la Bosnie, de la région limitrophe de la Serbie, pour créer une continuité territoriale qui aurait préludé à la constitution d’une grande Serbie les rattachant à la mère patrie. Ces forces touchent au but mais se heurtent à un dernier obstacle, l’enclave de Srebrenica où des dizaines de milliers de Musulmans se sont réfugiés autour de cette ville où ils sont majoritaires. Protégée par l’Onu, cette enclave leur a paru sûre mais les forces bosno-serbes l’assiègent, s’en rendent maîtres sans que les casques bleus ne bougent et c’est alors que le crime à lieu. Les familles sont séparées, femmes et enfants d’un côté, hommes et adolescents de l’autre. Les femmes sont évacuées en autobus et les hommes, 8000 hommes, sont massacrés, méthodiquement, en groupes et à la mitraillette. La Serbie avait longtemps nié ce massacre qu’elle a laissé faire si ce n’est encouragé mais, maintenant que le temps a passé, que d’autres générations la dirigent et, surtout, qu’elle aspire à entrer dans l’Union européenne, son Parlement a présenté ses « excuses » aux familles des victimes car « tout n’a pas été fait, dit la résolution adoptée hier, pour empêcher cette tragédie ». Les plaies se pansent. La page se tourne. Les Etats issus de la Yougoslavie pourront tous retrouver, un jour, au sein de l’Union mais une responsabilité morale reste à établir, celle de l’Europe, de l’Amérique et de l’Onu qui ont beaucoup contribué à ce crime non seulement parce qu’elles ne l’ont pas empêché mais, aussi, parce que leur politique yougoslave aura été totalement incohérente. Au lieu de faire un choix, de défendre le maintien de la Fédération ou de promouvoir son partage en Etats nations, elles ont voulu imposer en Bosnie le multiethnisme qu’elles avaient laissé détruire au niveau fédéral avant d’imposer, par les armes, une partition ethnique au Kosovo. Par leur cécité, elles ont attisé et prolongé une guerre qui portait en elle ce massacre.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.