Dans une claire alternative, la Syrie a rendez-vous, demain, avec son destin. Première hypothèse, les appels lancés, hier, par l’opposition après que Bachar al-Assad n’eut annoncé aucune des réformes que son entourage avait laissé entrevoir sont suivis par les fidèles sortant des prières du vendredi, les manifestations redoublent en nombre et en puissance et ce pays va vers une épreuve de force incertaine et dangereuse. Seconde hypothèse, avec sa dénonciation d’un complot étranger et la tranquille fermeté dont il a fait montre, le président syrien a réussi à intimider ceux qui aspirent à la chute de son régime et il devient ainsi le premier dictateur arabe à avoir su arrêter la contagion de la liberté avant qu’elle ne prenne plus d’ampleur sur ses terres. On ne sait pas mais c’est un pari qu’a fait, là, Bachar el-Assad, après avoir longtemps hésité entre les conseils d’ouverture que lui prodiguaient ses plus proches collaborateurs et les pressions en faveur de la manière forte qu’exerçaient sur ce jeune président les caciques du régime et son propre frère, patron des services de sécurité. Les arguments des premiers étaient que tous les ingrédients de la révolte arabe se retrouvaient en Syrie, que le pays était jeune et aspirait à la liberté, que même les plus prudents des Syriens n’en pouvaient plus de la corruption des cercles dirigeants et qu’il valait mieux lâcher du lest et isoler les plus radicaux que risquer de susciter une colère générale par une répression trop sanglante. Ces réformateurs du régime croyaient tant avoir convaincu Bachar al-Assad qu’ils présentaient depuis plusieurs jours comme déjà acquises la levée de l’état d’urgence, la libéralisation de la presse et l’autorisation de partis d’opposition. C’était virtuellement fait, décidé, disait la porte-parole du président, mais les durs avaient aussi leurs arguments et, apparemment, plus de poids politique. Ils ont pu faire valoir que les concessions tentées par les présidents tunisien, égyptien et yéménite avaient enhardi et non pas réduit la contestation ; qu’aucun pays ne proposerait même d’intervenir en Syrie comme en Libye ; que l’ensemble des régimes en place dans la région voulaient maintenant freiner le cours de cette révolution avant qu’elle ne les emporte tous et que le pouvoir syrien avait toujours, à l'interne, des cartes dans son jeu. Ces arguments n’étaient pas infondés. Non seulement aucune coalition ne se risquerait à une confrontation avec un pouvoir aussi solidement armé, lié à l’Iran et disposant de puissants relais au Liban et en Palestine mais les minorités chrétienne et kurde de Syrie préfèrent encore vivre sous un pouvoir dictatorial mais dominé par la minorité alaouite que marcher vers l’inconnu d’un nouveau régime contrôlé par la majorité sunnite. Nous n’avons pas encore perdu la partie, ont pu dire les durs en ajoutant que, sitôt le couvercle levé, la pression libérée emporterait tout. De leur point de vue, oui, leurs arguments se tenaient mais guère plus, en fait, que ceux des réformistes qui craignent, eux, que ce qui n’aura pas été donné par ce pouvoir ne finisse par lui être arraché dans ce qui serait sa chute finale. On va voir mais le fait est que Bachar al-Assad, qui n’a pas exclu des réformes mais pour plus tard, n’avait pas de bon choix.

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