Une négociation – la recherche, comme on dit, d’une « solution diplomatique » – s’est amorcée cette nuit sur l’Ukraine. Elle est américano-russe. Bien que ce soit à Paris que John Kerry et Sergueï Lavrov, les chefs des diplomaties russe et américaine, l’aient entamée au cours de discussions de quatre heures, elle exclut de fait les Européens qui sont ainsi réduits à un non-rôle de nains politiques sur leur propre continent.

Il va sans dire que cette négociation est extrêmement incertaine mais, aussi fragile qu’elle demeure et humiliante qu’elle soit pour l’Europe, elle laisse maintenant espérer un compromis dans cette crise alors même que plus de trente mille soldats russes sont toujours massés à la frontière orientale de l’Ukraine, pour des « manœuvres » ressemblant clairement à des préparatifs d’invasion.

Cette tentative remonte à lundi dernier, lorsqu’en marge de la réunion internationale de La Haye sur les dangers du terrorisme nucléaire, les Etats-Unis ont proposé à la Russie d’explorer une solution reposant essentiellement sur le retour des troupes russes à leur base et l’envoi d’inspecteurs internationaux en Ukraine orientale pour y veiller au respect des droits des minorités russes et russophones. Vendredi, cinq jours plus tard, Vladimir Poutine appelait Barack Obama. C’était le signal de sa disponibilité à des discussions et c’est ainsi que cette rencontre de Paris avait été organisée, dans la plus grande urgence.

Aux propositions américaines qu’ils n’ont pas rejetées bien qu’ils poursuivent leurs manœuvres, les Russes en ont ajouté deux, la neutralisation et la régionalisation de l’Ukraine. Ce sont là deux pistes qui n’ont rien d’inacceptable sur le fond puisque ce pays ne peut être qu’un pont entre les deux Europe, qu’il ne pourrait pas entrer dans l’Alliance atlantique sans que cela ne soit perçu comme une inacceptable menace par la Russie et que sa diversité économique et culturelle justifie pleinement une très grande autonomie de ses différentes régions.

Le problème est que l’Ukraine ne peut accepter, pour sa part, de renoncer à entrer dans l’Otan alors qu’elle est sous pression militaire russe et que sa régionalisation pourrait désormais ouvrir la voie à une répétition du scénario de la Crimée, à des proclamations d’indépendance de nouvelles régions suivies de leur rattachement à la Russie. C’est une question de contexte qui se pose là. Ce qui aurait été souhaitable et logique en dehors de cette situation de crise l’est beaucoup moins aujourd’hui puisque cela pourrait s’apparenter à une pure et simple reddition de l’Ukraine qui avait donc aussitôt dit « non », avant même la réunion de Paris, aux propositions russes.

Pour que ces négociations puissent aboutir, il faut que l’Ukraine y soit pleinement associée et que la Russie reconnaisse par là la souveraineté de ce pays, la légitimité de ses dirigeants provisoire et le futur résultat, quel qu’il soit, de l’élection présidentielle qui s’y déroulera le 25 mai. C’est si vrai que les Américains ne veulent pas aller plus loin sans l’Ukraine et que Sergueï Lavrov a déclaré cette nuit que « ni la Russie ni les Etats-Unis ne pouvaient imposer de plans aux Ukrainiens ». Les formes sont respectées mais tout reste à faire.

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