Igor Matovic, le premier ministre populiste de Slovaquie, est le premier chef de gouvernement au monde emporté par une crise liée au Covid. Ailleurs, les comptes politiques liés à la gestion de cette crise sanitaire inédite se règleront plutôt après coup, pas au milieu du gué.

Le premier ministre. Slovaque, Igor Matovic, lors d’une conférence de presse à Bratislava. Il a présenté dimanche sa démission à la Présidente Zuzana Caputova.
Le premier ministre. Slovaque, Igor Matovic, lors d’une conférence de presse à Bratislava. Il a présenté dimanche sa démission à la Présidente Zuzana Caputova. © AFP / VLADIMIR SIMICEK / AFP

Fin février, un avion militaire slovaque s’est rendu de nuit en Russie. Il en est revenu le lendemain avec 200 000 doses de vaccin russe Spoutnik V : au pied de l’avion, se trouvait le premier ministre slovaque, Igor Matovic, ravi. 

Mais là où le leader du "Parti des gens ordinaires », une formation populiste, s’attendait à être considéré comme un héros, il a provoqué une sérieuse crise politique qui a fini par l’emporter. Il a démissionné dimanche, tout en restant membre du gouvernement. 

La raison de la crise ? Igor Matovic n’avait pas prévenu ses partenaires au sein du gouvernement de sa décision d’importer des vaccins russes, alors que ceux-ci n’ont toujours pas été homologués par l’Agence européenne du médicament. Ses alliés et néanmoins rivaux au sein de la coalition au pouvoir y ont vu un mauvais coup politique, et un affront à l’Union européenne alors que la Slovaquie, durement touchée par la pandémie, a accès aux vaccins commandés par la Commission dans de meilleures conditions que si elle avait négocié seule.

Au-delà de la péripétie de la vie politique slovaque, Igor Matovic est le premier chef de gouvernement au monde à tomber dans une crise liée à la pandémie, ce n’est pas banal.

Mais de fait, il n’y a pas tant d’exemples où le Covid a eu des conséquences politiques directes, et c’est étonnant vu que nous vivons avec cette pandémie depuis plus d’un an, et que, dans tous les pays, les citoyens sont les acteurs et les juges de la gestion de crise.

L’impact est souvent indirect : Donald Trump aurait-il gagné l’élection présidentielle de novembre sans le covid ? Il peut l’imaginer vu qu’il a réussi à améliorer son score de 2016 malgré sa gestion calamiteuse de la pandémie. Au Brésil, Jaïr Bolsonaro risque en revanche de payer chèrement les 300.000 morts de la pandémie, et remanie son gouvernement en mode panique.

A l’opposé, Benyamin Netanyahou, l’inamovible premier ministre israélien, n’a pas eu le bonus espéré aux dernières législatives pour avoir vacciné à tour de bras. Comme les trois scrutins précédents, celui-ci s’est terminé dans l’impasse : le vaccin et le retour à la vie n’ont pas effacé la détestation de Netanyahou. Au même moment, le premier ministre néerlandais Mark Rutte remportait les élections dans son pays, malgré les émeutes de janvier, et sa gestion très critiquée de la crise sanitaire.

Il y a de la grogne, du mécontentement, parfois même de la colère dans de nombreux pays, mais il y a aussi le sentiment d’être encore au milieu du gué, face à une pandémie imprévisible.

C’est d’ailleurs en pensant à l’« après » que le premier ministre hongrois Viktor Orban, tout juste libéré de ses liens avec la droite européenne classique, a réuni hier de nouveaux amis : le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, un populiste, et Matteo Salvini, le leader de la Ligue d’extrême droite en Italie. Le point de départ d’une nouvelle tentative de rassembler la droite extrême aujourd’hui dispersée, lorsque la vie politique aura repris tous ses droits, dans le « monde d’après ».

En France, un membre du gouvernement a résumé sa réaction face au mécontement de l’opinion en citant une maxime célèbre de Jacques Chirac : « c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses ». En d’autres termes, on soldera les comptes dans le monde d’après.

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