Ce n’est pas un changement de donne. Ce n’est malheureusement pas la relance du processus de paix car cette démission des ministres travaillistes, ce trait tiré, hier, sur le gouvernement d’union nationale formé il y a vingt-deux mois, n’impliquera pas d’évolution immédiate de la politique israélienne. Ou bien Ariel Sharon se trouvera une nouvelle majorité parlementaire en s’alliant avec l’extrême-droite, ou bien il ira, sous trois mois, à de nouvelles élections, anticipées d’un an, et les gagnera sans doute car la gauche est encore trop défaite, divisée, confuse pour inspirer confiance aux électeurs. Les sondage sont si mauvais pour les Travaillistes qu’on ne peut d’ailleurs même pas exclure un replâtrage de dernière minute, un mauvais compromis donnant un nouveau sursis à ce gouvernement mais, quoi qu’il en soit, la gauche se réveille en Israël. Il y a deux ans, elle était assommée, tétanisée, car les concessions qu’elle avait faites aux Palestiniens n’avait abouti qu’à la relance de l’Intifada et que l’accord qu’elle avait ensuite donné aux propositions de règlement formulées par Bill Clinton n’avait pas été accepté par Yasser Arafat. Le Président palestinien n’avait pas dit « non ». Il s’était contenté de ne pas dire « oui » et cette ambiguïté palestinienne avait été fatale à la gauche qui non seulement avait perdu les élections mais, bien plus grave encore, ne savait plus ni quoi dire ni quoi penser. C’est ainsi que les Travaillistes avaient accepté l’union nationale souhaitée par Ariel Sharon. C’est ainsi qu’ils avaient apporté leurs voix à une politique en tout point contraire à la leur mais, les mois passant, l’engrenage attentats-répression s’installant et ne débouchant que sur l’impasse actuelle, de nouvelles voix, de nouveaux hommes, se sont fait entendre à gauche, prônant, malgré tout, la reprise du dialogue, demandant en tout cas la sortie d’un gouvernement qui ne sait rien faire d’autre qu’opposer l’extrémisme à l’extrémisme. Petit à petit, ces voix sont devenues suffisamment fortes à gauche pour que Benyamin Ben-Eliezer, dirigeant du parti travailliste et ministre de la Défense, ne soit plus du tout certain que la base le chargerait de conduire le parti aux prochaines élections. Le vote doit avoir lieu en novembre et Benyamin Ben-Eliezer partait si perdant qu’il a préféré perdre son portefeuille plutôt que son parti, qu’il a durci le ton avec la droite, rompu la coalition sur la question du financement des colonies dont il voulait, lui, stopper le développement. Le camp pacifiste l’a emporté à gauche. La gauche va chercher à renouer le processus de paix et même si cela ne lui rend pas le pouvoir, cela recrée une opposition sur la scène israélienne, une force encore minoritaire mais susceptible, au moins, d’incarner une alternative à la droite. C’était nécessaire. C’est plus sain. Il n’y a plus qu’à espérer qu’une alternative à Arafat s’organise, maintenant, côté palestinien. Cela devient possible. Des signes le montrent. La résurrection de la gauche israélienne devrait y aider.

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