Israël est un petit pays. Il n’a donc pas fallu vingt-quatre heures pour que l’identité de l’« officier supérieur » dont les critiques du gouvernement Sharon s’étalaient, mercredi matin, en une des quotidiens fut connue. Pour être « supérieur », cet officier l’était puisqu’il s’agit du chef d’état major des armées, le général Moshe Yaalon, premier des militaires israéliens. A ses yeux, Ariel Sharon a tort de placer les territoires occupés « au bord du gouffre » en refusant de lever les bouclages particulièrement serrés qui y ont été mis en place depuis plus d’un mois. Il a également tort de faire serpenter comme il le fait la ceinture de sécurité, le Mur entre Israël et les Territoires qui coupe des villages palestiniens de leurs terres afin de ne pas laisser des colonies israéliennes du côté palestinien de ce rempart de béton. Ariel Sharon a enfin et surtout, eu tort, pense le chef d’état-major, de ne pas prêter la main à Mahmoud Abbas, l’ancien Premier ministre palestinien, en lui faisant assez de concessions pour qu’il puisse prouver que la modération portait ses fruits et s’impose ainsi face à Yasser Arafat au lieu de devoir si vite démissionner en septembre dernier. Le général Yaalon considère, en un mot, que le chef du gouvernement a tort sur toute la ligne et ce réquisitoire a d’autant plus frappé, en Israël, que Moshe Yaalon est tout sauf une colombe. En juillet dernier encore, il déclarait qu’Israël avait su « conduire cette guerre jusqu’au point où l’adversaire a compris que le recours à la force ne lui apportera pas de solution ». Le général Yaalon a cru à l’intransigeance prônée par Ariel Sharon mais, après en avoir été le bras armé, il n’y croit visiblement plus pour la bonne raison sans doute que la réalité est là, que les attentats ne cessent pas, que l’impasse est totale et, peut-être aussi, c’est une hypothèse, que les difficultés américaines en Irak sont en train de donner des arguments au terrorisme islamiste, de renforcer les courants palestiniens les plus violents. Cette sortie du général Yaalon constitue donc un fait politique majeur. Non seulement elle rouvre le débat politique en Israël, totalement bloqué depuis trois ans, par la reprise de l’Intifada, mais elle le fait aussi au pire moment qui soit pour Ariel Sharon. Les élections municipales de mardi marquent un recul de son parti, accompagné d’un désenchantement général des électeurs qui ont largement boudé les urnes. La crise économique et sociale devient chaque jour plus préoccupante. Ariel Sharon est personnellement confronté à une affaire de financement électoral douteux et la gauche enfin, une partie de la gauche, a repris l’initiative en élaborant avec des dirigeants palestiniens modérés une proposition de règlement définitif du conflit. Baptisé « accord de Genève », car il a été mis au point avec l’appui des autorités helvétiques, ce texte reprend et précise les propositions Clinton de décembre 2000, partage Jérusalem, exclue tout droit au retour des réfugiés, crée un Etat palestinien dans les Territoires et devrait être solennellement signé sous trois semaines en présence de nombreuses personnalités. Jusque dans le moindre détail, les conditions de la paix sont maintenant définies et, l’une après l’autre, les pièces de ce puzzle sont en train de modifier le paysage.

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