Surtout en politique, trois ans, c’est long. En trois ans, d’ici la fin du second mandat de Georges Bush, énormément de choses peuvent changer et, comme Ronald Reagan et Bill Clinton qui s’étaient également trouvés en difficultés après leur réélection, ce Président peut arriver à redresser le cap. Il le faut mais, pour l’heure, Georges Bush traverse une très mauvaise passe. En une semaine, celle qui vient de s’écouler, la barre des 2000 soldats tués en Irak a été franchie ; la droite religieuse a contraint la candidate du président à renoncer à postuler à la Cour suprême parce qu’elle n’était pas suffisamment opposée au droit à l’avortement et, vendredi, l’influent directeur de cabinet du Vice-président Dick Cheney, Scooter Libby, a été inculpé de faux témoignages, parjures et obstructions à la Justice. C’était là le plus grand de ces trois revers pour Georges Bush car il n’est pas seulement ainsi éclaboussé par un scandale dans son premier cercle. Scooter Libby est poursuivi pour avoir entravé une enquête sur les conditions dans laquelle avait été révélée à la presse l’appartenance à la CIA de l’épouse d’un diplomate qui avait dénoncé, faits à l’appui, les mensonges de la Maison-Blanche sur les armes de destruction massive de Saddam. Cela signifie que la Justice va maintenant se concentrer sur qui faisait et disait quoi et pourquoi dans l’entourage présidentiel pendant la montée vers la guerre. Au moment même où une majorité d’Américains jugent que l’envoi de troupes en Irak relevait d’une mauvaise décision, les conditions dans lesquelles cette décision avait été prise, vont faire, autrement dit, l’objet d’un grand déballage qui viendra constamment rappeler le mensonge sur lequel elle avait été fondée et l’acharnement mis par la Maison-Blanche à casser ceux qui le dénonçaient. Même en admettant que la Justice n’inculpe pas d’autres de ses collaborateurs, c’est un scénario noir pour Georges Bush qui devra vivre avec des manchettes sur un passé qu’il aurait bien préférer laisser aux historiens et qui va venir l’interpeller dans un moment d’ores et déjà délicat. Car s’il n’y a plus que 39% d’Américains pour approuver sa politique, ce n’est pas uniquement à cause de l’Irak. L’inorganisation des secours après l’ouragan qui a frappé la Nouvelle-Orléans l’a sévèrement discrédité. L’affaire de la Cour suprême l’a en même temps mis en délicatesse avec la droite religieuse et le centre droit choqué de découvrir le poids des fondamentalistes protestants sur son équipe. Les ennemis de l’Etat et de la dépense publique ne cachent plus leur effarement devant l’emballement du déficit budgétaire. L’envolée du prix de l’essence enrage les électeurs. Le chef de la majorité républicaine de la Chambre a du démissionner pour une affaire de financement électoral et celui du Sénat a maille à partir avec la Justice. A un an des élections parlementaires de mi-mandat, cela fait beaucoup. Cela fait sans doute trop pour Georges Bush qui aura fort à faire pour remettre sa présidence sur les rails.

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