Hier, le monde s’est soudain pris à rêver. A l’issue d’une guerre civile et régionale qui avait fait près de quatre millions de morts, la République Démocratique du Congo a voté, dimanche, dans le calme et le début du dépouillement n’a été marqué que par deux incidents localisés qui n’ont fait que trois victimes. Tout peut déraper, à chaque instant, surtout au moment où l’un des deux candidats au second tour de cette présidentielle se détachera. Rien n’est joué, bien sûr, mais ce calme et la régularité du scrutin constituent déjà un tel miracle qu’on croise les doigts en Belgique, ancienne puissance coloniale de ce qui fut le Congo belge, en France, puissance tutélaire de l’Afrique noire, dans toute l’Union européenne qui espère tant qu’une stabilisation de l’Afrique puisse contribuer à diminuer la pression migratoire et favoriser des échanges dont tout le monde profiterait, à l’Onu, enfin, qui voudrait tant sortir de la spirale des sanglants conflits africains. C’est que l’enjeu est de taille. Ce n’est pas seulement que si ce processus électoral était mené à bien, ce pays grand comme quatre fois la France pourrait sortir de la ruine absolue dans laquelle la guerre l’a plongé. Ce n’est pas seulement qu’il pourrait facilement devenir un grenier de l’Afrique et, profiter de l’or, des diamants et des minerais que recèle son sous-sol. Ce n’est pas seulement que cette ancienne propriété personnelle du roi des Belges Léopold II, que ce pays qui n’a jamais cessé d’être pillé par la colonnisation, puis par ses gouvernants d’après l’indépendance, pourrait devenir un pays riche et prospère mais que le Congo pourrait, aussi, contribuer à la stabilisation et au développement de toute l’Afrique subsaharienne. A terme, l’enjeu n’est rien moins que le décollage de ce continent de tous les malheurs et c’est pour cela que 17 600 casques bleus et 1400 soldats européens surveillent l’ouverture des urnes après avoir surveillé le vote. Alors, oui, peut-être, qui sait ? Il faut, en tout cas, vouloir y croire, répudier le fatalisme mais rester, en même temps lucide, car tout menace le Congo. La colonisation puis l’indépendance, l’Histoire, ont en fait, oui, un pays dans lequel se reconnaissent ses habitants mais les découpages coloniaux n’en ont pas moins réuni sous un seul drapeau une demi-douzaine de groups ethniques parlant 4 langues nationales différentes en plus du français et de nombreuses langues régionales. Le Congo reste un conglomérat dont la fragilité est constamment apparue depuis l’indépendance. Comme dans toute l’Afrique, ses frontières divisent des peuples et l’immensité de ses richesses, surtout, attire ses voisins comme elle avait attiré Léopold II, nourrit la corruption et suscite les séparatismes. La dernière guerre était née du conflit rwandais. Les pays voisins s’étaient rués dans la brèche pour mettre la main sur les mines. Le Congo a voté pour la première fois depuis 41 ans mais tout cela est-il vraiment fini ?

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