Une dette qui ne cesse plus de croître, l’Iran, l’Irak, l’Afghanistan… C’est une montagne de problèmes que Georges Bush va laisser à son successeur mais le plus redoutable d’entre eux ne tient que partiellement au président sortant. McCain ou Obama, Obama de plus en plus vraisemblablement, le nouveau président américain devra, avant tout, apprendre à agir dans un monde où l'absolue prééminence des Etats-Unis appartient au passé. Durant la Guerre froide, l’Amérique était le chef de file d’une moitié du monde, celle qui ne voulait pas du communisme et, l’un dans l’autre, la plus riche aussi. Cela faisait d’elle, la première des deux superpuissances, et de loin. Ensuite, avec l’effondrement soviétique, l’Amérique s’était crue la nouvelle Rome d’un monde en voie d’américanisation mais, erreurs de Georges Bush aidant, son poids s’est, au contraire, relativisé depuis. Malgré toutes les difficultés qui l’attendent, la Chine est devenue l’un des grands. L’Union européenne n’est plus seulement l’autre géant économique de la planète mais tend à s’affirmer en puissance politique, et de plus en vite depuis la crise géorgienne. Les Etats-Unis doivent compter avec l’Inde, la Russie, l’Iran, l’Amérique latine, avec des amis comme des ennemis qui ont désormais les moyens de se faire entendre. Le monde est devenu multipolaire et le signe le plus probant en est, sans doute, l’évolution de l’Europe centrale. Comme le dit joliment Adam Michnik, ancienne figure de la dissidence et directeur de Gazeta, le premier quotidien polonais : Nous avons découvert que les Américains, aussi, étaient mortels ». C’est une découverte pour les pays sortis du bloc soviétiques car, Polonais en tête, ils avaient longtemps vénéré les Etats-Unis comme un paradis auquel chacun rêvait d’accéder, comme un modèle de réussite qu’ils n’aspiraient qu’à suivre, comme la seule puissance militaire, surtout, capable de les protéger d’une Russie qu’ils continuent à craindre. Dans l’Union européenne, les pays d’Europe centrale étaient les alliés les plus sûrs et les plus enthousiastes des Etats-Unis. Tous avaient soutenu Georges Bush à la veille de la guerre d’Irak. Les Etats-Unis opposaient, alors, la « nouvelle Europe » à la « vieille », l’Allemagne et la France. Rien ne semblait plus acquis et plus solide que ce lien privilégié mais, depuis, l’Europe centrale a vu les Etats-Unis faire tout ce qu’il ne fallait pas faire en Irak, perdre pieds en Afghanistan, plonger dans la crise financière que l’on sait et, surtout, rester bras croisés, aux abonnés absents, lorsque les troupes russes ont déboulé en Géorgie. Depuis, la Pologne vote massivement Obama, comme toute l’Union. Les pays d’Europe centrale ne sont, maintenant, plus les porte-parole des Etats-Unis à Bruxelles. Leur sécurité et leur bien-être leur semblent désormais dépendre, avant tout, de l’Union dont ils sont membres et le prochain président américain devra compter avec une Europe beaucoup moins divisée qu’elle ne l’a été.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.