Géopolitique, par Anthony Bellanger

Parlement saccagé, manifestations monstres, combat devant la présidence, Etat de siège décrété par une armée qui semble avoir pris le pouvoir… La situation est particulièrement fluide en ce moment au Burkina Faso. Et l’on parle déjà de « printemps noir » ou de seconde révolution burkinabé pour parler de cet embrasement qui depuis 1 semaine s’est emparé de la capitale, Ouagadougou, mais aussi de plusieurs autres villes du pays.Dont Bobo-Dioulasso, la seconde ville du pays et capitale coloniale. On y a même déboulonné hier une statue du président Blaise Compaoré. Bref, ça sent la fin de règne pour l’ancien compagnon du capitaine Sankara au pouvoir depuis 27 ans.Pouvait-on prévoir les événements de ces derniers jours ? Il faut d’abord dire que le Burkina Faso est une dictature paradoxale. D’une part, Blaise Compaoré est arrivé au pouvoir grâce à un putsch. Il s’est maintenu au pouvoir en truquant quasi ouvertement les élections.Mais par ailleurs, la presse est relativement libre au Burkina Faso. L’opposition est totalement émiettée, balkanisée, mais elle a des députés et, par exemple, en mars dernier, elle a même pu organiser un grand rassemblement contre le président.Et puis, l’armée burkinabé n’est pas une armée fantoche. Tous les présidents burkinabés sont issus de ses rangs depuis 1969. Et tous sont arrivés au pouvoir par la force. Mais, par ailleurs, elle est aussi extrêmement respectée et populaire.Enfin, Blaise Compaoré lui-même jouissait jusqu’à présent d’une certaine indulgence des Burkinabés et surtout du respect des pays voisins. C’est lui qu’on appelait pour s’entremettre dans les conflits régionaux.Mais comme toujours, après 27 longues années de pouvoir, il a cru ses proches plus que ses ministres, ses courtisans plus que certains élus de son propre camp que lui conseillait de ne pas modifier la constitution pour pouvoir briguer un 5ème mandat.Il n’a pas vu non plus que le monde a changé autour de lui… A commencer par la Côte d’Ivoire, le grand pays voisin, où vivent des centaines de milliers de Burkinabé. La Côte d’Ivoire qui a connu une guerre civile mais qui a aujourd’hui un président élu, Alassane Ouatara et une économie en plein boom.Le contraste est d’autant plus fort que le Burkina Faso avait un temps profité des malheurs de la Côte d’Ivoire et qu’aujourd’hui, le pays se retrouve économiquement et politiquement à la traîne.Il y a aussi le Mali qui, lui aussi, a connu des heures difficiles mais qui vient d’élire un nouveau président et sur qui l’aide internationale s’est déversée ces deux dernières années. Ne serait-ce que pour reconstruire un Etat failli.Même le Niger, le troisième voisin, s’en tire mieux avec ses bases militaires françaises et américaines et ses mines d’uranium géantes qui en font un des pays les plus choyés du Continent.Bref, il n’y avait que Blaise Compaoré pour croire que tout pouvait changer autour de lui sans que rien ne change au « pays des hommes intègres ». Des hommes intègres et jeunes qui viennent de lui donner tort.

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