Robert Bowers, le tueur antisémite de Pittsburgh, avait un compte sur le réseau social américain d’extrême droite Gab qui a fermé depuis. Mais la haine a pénétré tous les réseaux.

« Pas de mensonges, pas de haine » : un manifestant, mardi 30 octobre à Pittsburgh, à l’arrivée de Donald Trump dans la ville où s’est produite la tuerie antisémite commise par Robert Bowers.
« Pas de mensonges, pas de haine » : un manifestant, mardi 30 octobre à Pittsburgh, à l’arrivée de Donald Trump dans la ville où s’est produite la tuerie antisémite commise par Robert Bowers. © AFP / Brendan Smialowski / AFP

Robert Bowers, le terroriste antisémite de Pittsburgh, avait un compte sur le réseau social américain d’extrême droite Gab. Il n’y cachait ni ses idées –« les juifs sont les enfants de Satan » écrivait-il pour se présenter-, ni même son intention de passer à l’acte : « j’y vais » ont été ses derniers mots … avant d’aller assassiner onze personnes dans une synagogue.

Mis en cause, Gab n’est plus accessible depuis lundi, après avoir perdu son hébergeur, et son système de paiement. Mais son fondateur, Andrew Torba, promet d’être prochainement de retour, au nom de la liberté d’expression.

Si Gab, fondé il y a seulement deux ans, était un réseau marqué politiquement, les discours de haine ont pénétré toutes les plateformes. Hier, le « New York Times » relevait plus de 11 000 entrées au mot-clé « les juifs ont commis le 11 septembre » (#jewsdid911) sur Instagram, devenu le réseau favori des ados et qui appartient à Facebook. D’autres reprennent sans se cacher le sigle « 88 », qui signifie pour les initiés « Heil Hitler ».

Pourquoi cette tolérance ? Aux États-Unis, il y a évidemment le premier amendement, qui garantit la liberté de parole, sans limites. C’est régulièrement une source d’incompréhension entre les deux côtés de l’Atlantique. 

L’Europe s’est dotée de lois, mais elles restent largement inappliquées sur internet : il ne faut pas chercher loin pour tomber sur des posts racistes, antisémites ou islamophobes sur les réseaux sociaux en français. En quelques clics, j’ai ainsi trouvé sur YouTube une vidéo où un individu se demandait très sérieusement s’il fallait apprécier Eric Zemmour, un auteur français devenu le porte-étendard d’un certain nationalisme français, pour son discours sur l’identité, ou le rejeter en raison de ses origines juives. Sur le même réseau, qui appartient à Google, on trouve facilement des vidéos soi-disant pédagogiques à la gloire du régime nazi.

Les plateformes ont laissé prospérer cet univers nauséabond parce qu’il faisait du trafic, avant de découvrir aujourd’hui qu’elles sont incapables de refermer les vannes. L’univers ouvert d’internet est de toutes les manières difficile à contrôler : l’un des antisémites français trouvé sur Twitter a créé un compte parallèle sur le réseau russe VKontakte en cas de censure.

Entendons-nous bien : le racisme ou l’antisémitisme n’ont pas attendu les réseaux sociaux pour exister. Et ces réseaux restent, par ailleurs, des lieux de partage, de savoir et de convivialité – mais ceci est de plus en plus menacé par ce climat délétère, nous en faisons tous l’expérience au quotidien.

Les réseaux sociaux ont donné à ces vendeurs de haine une caisse de résonance illimitée, et, surtout, le sentiment qu’ils ne sont pas isolés. Marginaux dans la société, ils sont puissants dans l’effet de meute en ligne, et peuvent inciter au passage à l’acte. 

C’est en tous cas devenu l’un des enjeux majeurs de la vie en société à l’heure numérique, un défi auquel personne, ni les plateformes, ni les États, n’a encore trouvé la parade. Il ne s’agit pas de censure politique, mais de faire respecter en ligne les mêmes règles que dans le monde physique. Combien de Pittsburgh faudra-t-il avant qu’on prenne conscience de ce déferlement de haine ?

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