La chute de Kaboul et le rôle de l’Amérique ont relancé le débat récurrent sur l’« autonomie stratégique » de l’Europe ; les clivages restent forts sur ce sujet au sein des « 27 ».

Soldats allemands de retour d’Afghanistan, le 27 août 2021 à la base aérienne de Wunstorf, dans le nord de l’Allemagne.
Soldats allemands de retour d’Afghanistan, le 27 août 2021 à la base aérienne de Wunstorf, dans le nord de l’Allemagne. © AFP / DANIEL REINHARDT / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

Vous avez entendu ce débat cent fois par le passé : l’Europe doit prendre en mains sa propre défense, elle doit cesser d’être à la remorque des États-Unis. Dans une tribune au « New York Times » hier, le Haut Représentant à la politique étrangère de l’Union européenne, Josep Borrell, parle d’un « Wake up call », d’une « sonnerie de réveil » à propos de la manière dont Washington a géré sa sortie d’Afghanistan, insistant sur le fait que les pays européens de l’Otan se sont retrouvés totalement dépendants de décisions américaines sur lesquelles ils n’ont pas été consultés.

Même image, exprimée sur un mode ironique par Gérard Araud, l’ancien ambassadeur de France à Washington, qui a lancé sur Twitter, après le dernier discours de Joe Biden : 

« Réveille toi, Europe, ta nounou a démissionné ! »

Cette sonnerie de réveil sera-t-elle la bonne ? Pas si sûr. Si les Européens ont partagé le même choc face à la chute de Kaboul et au chaos des évacuations, mais ils n’en tirent pas tous les mêmes conclusions. Le débat sur l’« autonomie stratégique » de l’Europe, véritable serpent de mer de la construction européenne depuis des décennies, reste clivant ; et ne sera pas résolu du seul fait des événements afghans.

Le seul point de consensus parmi les « 27 », c’est que l’enthousiasme pour Joe Biden, qui était attendu comme le Messie après les années Trump, est bien retombé ; les Européens ont compris qu’au-delà d’un changement de style bienvenu, le reflux américain resterait la norme ; le gendarrme est fatigué.

Mais au-delà de ce constat, il y a, comme toujours, deux positions très tranchées. D’un côté ceux qui sont d’accord avec la déclaration d’Emmanuel Macron dans le « Journal du dimanche »

« l’Europe de la défense, l’autonomie stratégique, c’est maintenant ! » ; 

Et il y a ceux qui continuent de penser que le parapluie américain, dans le cadre de l’Otan, vaut toujours mieux qu’une aventure européenne pleine d’inconnues, dans un monde redevenu dangereux.

Ce clivage se retrouve au sein même des pays membres, et parfois au sein de la même famille politique. C’est le cas en Allemagne, au sein de la CDU, le parti de la Chancelière Merkel, à quelques semaines des élections générales.

La Chancelière a jusqu’ici accompagné les premiers pas de la défense européenne, sans pour autant leur donner la signification qu’on leur attribue à Paris ; et elle n’a jamais partagé le lyrisme français pour l’autonomie stratégique. 

Depuis la chute de Kaboul, le candidat de la CDU, Armin Laschet, a sévèrement critiqué l’Otan, s’attirant une réplique de la ministre de la défense, et un temps dauphine de Merkel, Annegret Kramp-Karenbauer. Dans un discours, la ministre a dénoncé ceux qui montraient du doigt les Américains, estimant que le parlement allemand n’aurait jamais accepté de voter un engagement sans les Américains en Afghanistan.

Le premier janvier prochain, la France prendra la présidence tournante de l’Union européenne, et on peut compter sur Emmanuel Macron pour avancer la question de l’autonomie stratégique. Pour autant, il parait difficile d’avancer rapidement à 27 sur un sujet touchant à ce point à la souveraineté des États, à leur histoire et à leurs traumatismes ; malgré la « sonnerie de réveil » d’Afghanistan.

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