S’entendre sur la manière d’être en désaccord, c’était l’ambition de ce sommet russo-américain. Tout a été mis sur la table, mais sans éclats de voix ni manque de respect, c’est déjà ça.

Vladimir Poutine et Joe Biden, hier à Genève, leur première rencontre depuis le changement de Président à Washington.
Vladimir Poutine et Joe Biden, hier à Genève, leur première rencontre depuis le changement de Président à Washington. © AFP / PETER KLAUNZER / POOL / AFP

« Il n’y a pas de bonheur dans la vie, il n’y a que des lueurs de bonheur ». C’est Vladimir Poutine qui a prononcé cette remarque très pragmatique, hier, après sa rencontre avec Joe Biden. 

Ce sommet genevois a-t-il été une « lueur de bonheur » dans le ciel sombre des relations russo-américaines ? Bonheur parait un peu excessif, à en juger par la tonalité des deux conférences de presse, séparées, qui ont suivi. Mais accalmie assurément, et c’est déjà ça.

Côté métaphores, Joe Biden a eu recours de son côté à un vieux proverbe anglais pour évaluer les résultats du sommet, que l’on peut traduire par : « c’est en goûtant le pudding que l’on sait s’il est bon ». En d’autres termes : il faudra juger sur pièces.

C’est sans doute ce que les deux hommes, qui ne se sont pas ménagés par le passé, pouvaient espérer de mieux : une rencontre où l’on met tout ce qui fâche sur la table, mais en se respectant, sans postures ou éclats de voix.

Sans attendre de goûter le pudding dont parlait le président américain, il y a un premier signe de désescalade avec le retour des ambassadeurs des deux pays à leur poste, qui avaient été retirés lorsque le ton avait monté au début de l’année.

Mais ça ne suffit pas. Sur l’un des sujets les plus concrets de la rencontre, les cyberattaques dont Washington rend Moscou responsables, Joe Biden a été très spécifique. Il a donné à Vladimir Poutine une liste de seize catégories d’infrastructures critiques dont il propose qu’elles soient exemptées de toute attaque. Il a également fourni à son homologue les informations sur les groupes criminels actifs sur le sol russe, responsables des attaques avec demandes de rançon comme celle qui a frappé récemment un pipeline aux États-Unis. Il se donne quelques mois pour voir si Moscou répond. 

Mais Joe Biden a prévenu, en cas de nouvelles attaques, les États-Unis riposteront de la même manière, par des cyberattaques. Nous sommes là à un tournant : le début de définition d’un code de conduite dans le cyberespace, ou une escalade potentiellement désastreuse.

La première leçon de ce sommet est que les rapports de force comptent, et c’est ce qui est en train de se jouer entre Joe Biden et Vladimir Poutine, entre les États-Unis et la Russie.

Mais au-delà de cette possibilité de s’entendre sur la manière d’être en désaccord, ce qui permettra malgré tout un début de détente, de « prévisibilité » comme dit Joe Biden, il ne faut pas attendre de grand changement. Poutine ne va pas libérer Alexei Navalny, son opposant emprisonné, dont il n’a même pas réussi à prononcer le nom lors de sa conférence de presse, ou changer sa politique vis-à-vis de l’Ukraine ou la Biélorussie.

C’est aussi le jugement de l’Union européenne, qui rendait public hier un document stratégique, dans lequel Bruxelles estime qu’il ne faut pas espérer d’amélioration rapide des relations avec Moscou. Le document de 14 pages met en garde les Européens contre les manœuvres russes de déstabilisation, tout en espérant avancer sur des sujets communs.

Si un réchauffement est impossible à court terme, au moins peut-on négocier les règles de bonne conduite qui éviteront ce que Joe Biden a appelé les « guerres accidentelles », non désirées. Peut-être est-ce ça la définition des « lueurs de bonheur » dont parlait Poutine !

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