Le Khuzestan est une région cruciale pour l'Iran : c'est là que se situe une grande partie des ressources pétrolières du pays. Depuis plusieurs jours, des émeutes l'agitent.

Le Khuzestan, une région stratégique pour l'Iran
Le Khuzestan, une région stratégique pour l'Iran © Getty / Yalda Ghanavati / 500px

Ce matin, ce sont des émeutes en Iran qui ont retenu mon attention. Des émeutes qui agitent depuis 6 jours une région particulièrement sensible de la République islamique : le Khuzestan, dans le sud-ouest du pays, non loin de la frontière avec l'Irak. Cette région est sensible pour 2 raisons :

La première est qu'elle est, entre autres, peuplée d'arabophones. C'est si vrai que cette province a été un des points majeurs de disputes territoriales pendant la guerre Iran – Irak dans les années 80.

Mais cette province est surtout sensible pour des raisons économiques

C'est dans ce coin d'Iran que se situe 80% des installations pétrolières du pays ! Donc rien de ce qui concerne le Khuzestan n'est anecdotique en Iran, surtout pas des émeutes.

Celles-là ont commencé en fin de semaine dernière par des revendications très basiques : la région meurt de soif. Les coupures d'eau sont persistantes et surtout, il n'y a plus d'eau pour les cultures et le bétail : le Khuzestan a soif et le fait savoir dans la rue.

Répression et solidarité

Des manifs immédiatement réprimées ! Des vidéos circulent sur les réseaux sociaux qui montrent les forces de l'ordre chargeant les manifestants et, dans certaines, on devine des tirs. D'ailleurs les autorités ont admis quatre morts, ce qui généralement signifie un bilan bien plus lourd.

Mais ce qui est inquiétant pour le régime, c'est que, malgré la répression, ces manifs n'ont pas cessé. On a même assisté hier, dans la capitale Téhéran, à des rassemblements de quelques dizaines, voire centaines de personnes exprimant leur solidarité.

Plus intéressant encore : les manifestants du Khuzestan comme ceux de la capitale s'en sont pris directement au Guide suprême, Ali Khamenei, et surtout, ont tous fait référence aux manifestations de novembre 2019.

Des "jacqueries" dangereuses pour le régime

On évoque même le chiffre de 1 500 victimes, tuées à balles réelles ou battues à mort par les forces de sécurité iraniennes. Une des pires répressions jamais orchestrée par le régime des mollah et pour une raison assez évidente : ces émeutes avaient touché l'Iran en profondeur. Ce sont de petites villes de province qui s'étaient soulevées sur des questions sociales – le prix de l'essence. Au fond, comme aujourd'hui au Khuzestan.

Or, plus que des manifs d'étudiants ou d'intellectuels à Téhéran, ces « jacqueries » provinciales sont perçues – à raison – comme plus dangereuses pour le régime. D'où une répression plus féroce et surtout immédiate, histoire de briser vite les volontés.

C'est  aussi ce qu'il s'est passé les 11 et 12 juillet  à Cuba : des manifs de la faim en province, loin de la capitale et de ses élites. Et de La Havane à Téhéran, les dictatures sentent le danger de la même façon et tirent dans la foule de la même façon.

Contact