Les combattants islamistes ont capturé plusieurs districts alors que le Président afghan est en route pour rencontrer Joe Biden. L’Afghanistan plonge dans l’inconnu le 4 juillet, au départ des derniers Américains.

Retour aux États-Unis de soldats américains après une rotation en Afghanistan; à Fort Drum, dans l’État de New York.
Retour aux États-Unis de soldats américains après une rotation en Afghanistan; à Fort Drum, dans l’État de New York. © AFP / JOHN MOORE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Le scénario était prévisible depuis que Joe Biden a confirmé, et même accéléré, le départ des dernières troupes américaines d’Afghanistan. Les talibans sont passés à l’offensive, capturant une cinquantaine de districts sur les quelque 400 que compte le pays, et prenant des positions stratégiques à proximité et autour de plusieurs capitales provinciales. C’est le cas notamment à Kunduz, dans le nord du pays, que les talibans avaient brièvement tenue en 2015, avant d’en être chassés par les troupes américaines. 

Les combattants islamistes ont même pris, il y a quelques jours, le contrôle d’un poste-frontière sur la route reliant l’Afghanistan au Tadjikistan : la porte vers l’Asie centrale est désormais entre leurs mains.

Pendant que les talibans avancent leurs pions, le président afghan, Ashraf Ghani, est attendu demain à Washington pour rencontrer Joe Biden et les responsables du Pentagone. C’est l’après-intervention américaine, dans moins de deux semaines, qui se joue pendant ce voyage ; un « après » qui est, vu de Kaboul, de plus en plus inquiétant, en l’absence de toute perspective d’accord politique entre Afghans.

Les scénarios possibles vont d’une catastrophe à la vietnamienne, avec une prise de Kaboul et un effondrement de l’armée nationale afghane, à une résistance des 50 000 hommes de cette armée afghane qui serait capable de défendre la capitale et une partie du pays

La réalité sera sans doute entre les deux, avec le risque de voir proliférer les milices à base ethnique qui existaient dans les années 90, et qui ressurgissent aujourd’hui, à mesure que monte l’inquiétude de voir revenir le pouvoir des talibans.

Personne, en réalité, ne peut évaluer l’impact psychologique du départ des derniers soldats américains le 4 juillet et la fermeture de leurs grandes bases comme Bagram, près de Kaboul. Et il y a encore plusieurs inconnues qui seront sans doute clarifiées lors de la visite du président. Et notamment cette question : quel soutien les États-Unis continueront-ils d’apporter à l’armée afghane après leur retrait, en couverture aérienne, en renseignement, ou en livraison de matériel sophistiqué ? 

La seule certitude est que Joe Biden veut tourner la page de la plus longue guerre qu’ont menée les États-Unis : près de vingt ans d’une guerre ingagnable. Il a accéléré le calendrier sans états d’âme, au risque de permettre le retour des talibans dans un Afghanistan urbain qui, malgré les difficultés, s’est transformé et modernisé, en particulier en ce qui concerne la place des femmes.

Une série d’attentats, ces dernières semaines, ont particulièrement alarmé la société civile afghane, des assassinats ciblés de jeunes femmes actives.

Si le pire venait à se produire, si l’Afghanistan replongeait dans l’obscurantisme qu’avaient imposé les talibans lorsqu’ils étaient au pouvoir jusqu’en 2001, les Occidentaux seraient confrontés à leur double échec, celui de la guerre, et celui de leur incapacité à préparer la paix. Et les Afghanes en seraient les premières victimes, pour avoir cru en la promesse d’un Afghanistan différent et ouvert.

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