Alors que la nouvelle coalition allemande va succéder à Angela Merkel, la France et l’Italie se rapprochent. Le leadership européen n’est pas une affaire de personnes mais d’alliances, le jeu est relancé.

(de g à dr) Le libéral Christian Lindner, le social-démocrate Olaf Scholz, et les Verts Analena Baerbock et Robert Haebeck, à l’annonce de leur coalition.
(de g à dr) Le libéral Christian Lindner, le social-démocrate Olaf Scholz, et les Verts Analena Baerbock et Robert Haebeck, à l’annonce de leur coalition. © AFP / Tobias Schwarz / AFP

L’Europe tourne une page - et quelle page ! Seize années d’Angela Merkel à la tête de l’Allemagne - et donc, de fait, dans la cabine de pilotage de l’Union européenne. Vieil axiome, l’Allemagne ne peut pas diriger l’Europe seule ; mais on ne peut pas diriger l’Europe sans elle, et donc, pendant seize ans, sans Angela Merkel.

C’est dire si la conclusion, hier, de l’accord de coalition à Berlin, réunissant Socio-démocrates, Verts et Libéraux, était attendu avec intérêt par le reste de l’Europe. Les principaux ténors ne sont pas des inconnus, ni le futur Chancelier Olaf Scholz qui était numéro deux du gouvernement sortant ; ni l’écologiste Anelena Baerbock qui sera aux Affaires étrangères ; ni, non plus, le libéral Christian Lindner aux Finances. En revanche, leur alliance est inédite, et fait entrer l’Allemagne -et donc l’Europe- dans un territoire non balisé.

La coalition est certes résolument européenne ; mais c’est dans les détails que se cachent les nuances, quelle politique fiscale pour la zone euro ? Quelle relation avec Moscou, Pékin ou Washington ? Quel degré d’autonomie stratégique pour les « 27 » ? 

Les équilibres en Europe ne changeront pas immédiatement, car il y aura beaucoup d’éléments de continuité. Mais le fonctionnement de l’Union, c’est aussi une question d’alchimie personnelle, de capacité à former des coalitions – « l’Europe est une machine à produire des compromis », disait Jacques Delors… 

On a vu cette mécanique à l’œuvre l’an dernier sur le plan de relance post-Covid : l’entente franco-allemande, pas évidente initialement, a été déterminante. 

Depuis l’annonce du départ d’Angela Merkel, tout le monde pose la question du leadership européen. Qui après Merkel ? La question est mal posée, car il n’y a pas une personne en capacité de diriger l’UE, fut-elle Merkel. La question ne se pose donc ni pour Olaf Scholz, ni non plus pour Emmanuel Macron dont le nom est régulièrement cité.

La question du leadership est plus une question d’alliances que de leader. Les « couples » mythiques de la relation franco-allemande, De Gaulle-Adenauer ou Mitterrand-Kohl ont été la rencontre de personnalités et d’un intérêt bien compris à un moment historique.

A « 27 », le jeu est devenu plus complexe. Alors que Paris et Berlin vont devoir réapprendre à travailler ensemble, la France et l’Italie se rapprochent, après des décennies de relation complexe, parfois exécrable. Un traité d’amitié va être signé aujourd’hui à Rome, pendant de celui qui lie la France et l’Allemagne depuis 1963, réactualisé en 2019 avec le traité d’Aix-la-Chapelle.

Engagé avant l’arrivée à la tête du gouvernement italien de Mario Draghi, ce traité est néanmoins le fruit de la meilleure entente Paris-Rome que sa nomination a permise. Son ambition affichée dès son arrivée était de placer l’Italie en troisième partenaire du couple franco-allemand, il s’y emploie.

Ces questions peuvent sembler triviales, mais l’Europe a trop souvent donné l’impression de ne pas savoir prendre de décisions pour que la manière dont s’organise l’indispensable leadership de l’Union ne soit connue et analysée. Surtout à un moment d’alternance à Berlin, et à la veille de la Présidence française de l’UE, au premier semestre 2022

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