Six mois après avoir repris le pouvoir en Birmanie, les militaires birmans ne contrôlent toujours pas un pays entré en résistance.

Six mois après le coup de force contre Aung San Suu Kyi par la junte militaire, où en sommes-nous en Birmanie ?
Six mois après le coup de force contre Aung San Suu Kyi par la junte militaire, où en sommes-nous en Birmanie ? © AFP / STR

État des lieux six mois après le coup d'état

C'était le 1er février : quelques semaines après des élections générales remportées à 80% par le parti de la « Dame de Rangoun », Aung San Suu Kyi. Les militaires se sont rendus compte que la prochaine étape étant leur éviction, leur réponse à été brutale :

Un 3e coup d'Etat militaire, des milliers d'arrestations, dont celle Aung San Suu Kyi pour des motifs parfaitement futiles, et surtout plus de 900 morts. Et comme pour donner plus de « gravitas » à leur forfait, le chef de la junte militaire a voulu polir son image.

Dimanche, il s'est auto-proclamé 1er ministre et surtout, a promis pour 2023 un retour à la légalité démocratique et jurant que Talmadaw, allait organiser des élections libres. Comme disait l'autre : les promesses n'engagent que ceux qui y croient...

Un coup d'Etat raté et une population en résistance

La première réponse est tout simplement que ce coup d'Etat n'a pas réussi. Aussi incroyable que cela puisse paraître et malgré une répression féroce, les militaires ne sont pas parvenu à reprendre efficacement les rênes du pays :

Six mois après, l'économie birmane souffre des boycotts lancés par l'opposition démocratique qui a reconstitué un gouvernement à l'extérieur du pays. Ajoutez à cela un mouvement sourd de désobéissance civile et vous obtenez la recette du courage birman.

La répression militaire a même réussi a rallumer dans tout le pays de vieilles guérillas et mouvements armés à base ethnique. Autrement dit, ce coup d'Etat – j'allais presque dire à l'ancienne – est un relatif échec : la population est déterminée et n'a plus peur.

Il n'y a guère que la fermeture des frontières du pays à cause de la pandémie – qui a bien arrangé les affaires des militaires – pour nous empêcher de la voir. Il y a aussi, il faut le dire, le soutien sans réserve - mais risqué - de la Chine et de la Russie.

Le pari risqué de la Chine et de la Russie

La Russie fournit des armes à la junte birmane et la Chine, un soutien économique et diplomatique sans même se cacher. Surtout, Pékin refuse obstinément de prendre contact avec les émissaires d'Aung San Suu Kyi. Or les peuples n'oublient pas.

Ils n'oublient pas non plus que l'Occident a certes voté des sanctions contre la junte birmane mais n'a pas touché au magot : les 500 millions de dollars que, bon an mal an, rapporte le gaz naturel et qui vont directement dans les poches des généraux.

On en est là, avec une circonstance aggravante tout de même : la pandémie de Covid-19 ravage littéralement le pays. C'est si grave qu'on se demanderait presque si la junte ne laisserait pas faire pour mieux accabler un peuple frondeur et volontiers émeutier.

Cette promesse d'élections pour 2023 est en fait un aveu d'échec. Un peu comme Mme du Barry devant l'échafaud qui demandait « encore un instant monsieur le Bourreau », le général Min Aung Hlaing, chef de la junte voudrait : « encore deux ans, peuple birman ».  

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