Le Président Alpha Condé était passé en force pour imposer un troisième mandat contesté à la tête de la Guinée : il a été renversé hier par des militaires, victime de son mandat de trop.

Le nouveau maître de la Guinée, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, chef des Forces spéciales et ancien de la Légion étrangère.
Le nouveau maître de la Guinée, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, chef des Forces spéciales et ancien de la Légion étrangère. © AFP / MILITARY SOURCE / AFP

Un Président en jeans, l’air hagard, entouré d’hommes casqués et armés ; un putschiste en treillis, le drapeau national sur les épaules, qui passe à la télévision pour appeler au calme… Combien de fois a-t-on vu ces images en Afrique ? Et comme le rappelle un juriste sénégalais sur Twitter, elles ont rarement amené quelque chose de bon au pays où se déroule une telle scène. Même si des cris de joie dans les rues accueillent la chute d’un dirigeant contesté.

Cette fois c’est en Guinée-Conakry qu’un coup d’État militaire a renversé hier le Président Alpha Condé, arrêté, et dont on ignore le sort. Le leader des putschites, quatrième militaire à diriger le pays depuis l’indépendance, est le chef des forces spéciales guinéennes, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, un ancien de la Légion étrangère française. 

Après deux coups d’État militaires en un an au Mali, et une succession inconstitutionnelle au Tchad, ce coup d’État guinéen illustre une fois de plus la difficulté qu’ont de trop nombreux États africains à se doter d’institutions stables, et surtout à les respecter. La Guinée était en crise depuis plus d’un an à cause de ce qu’on pourrait appeler « la maladie du troisième mandat ».

C’est simple : la Constitution vous interdit de faire plus de deux mandats, mais vous pensez que vous êtes indispensable à la tête du pays ; vous changez donc la Constitution, en passant en force si nécessaire, et vous vous faites réélire une troisième fois. 

C’est la « troisième dose », selon la formule du chanteur de reggae ivoirien Tiken Jah Fakoly, qui avait vertement critiqué Alpha Condé pour sa transgression l’an dernier. Car c’est ce qui s’est passé en Guinée, au prix d’une centaine de morts dans des manifestations contre le changement de Constitution. 

Ce troisième mandat aura été celui de trop pour cet homme de 83 ans qui avait pourtant consacré toute sa vie au combat pour la démocratie, le payant de nombreuses années d’exil en France et aussi de prison ; pour finir par faire ce qu’il dénonçait.

La Guinée a une histoire politique malheureuse, avec une première longue dictature de l’ancien syndicaliste Sekou Touré, puni par la France pour avoir dit non au général de Gaulle, mais qui se transforma après l’indépendance en despote cruel. Alpha Condé aurait pu être l’homme de la modernisation de la vie politique : il a raté ce rendez-vous.

Que peuvent faire les militaires ? Leur première difficulté va être de traiter avec leurs voisins, car l’Afrique essaye de dépasser l’ère des coups d’État à répétition. Les pays d’Afrique de l’Ouest, soutenus par Paris, Washington et l'ONU, ont exigé dès hier soir un retour à l’ordre constitutionnel et la libération d’Alpha Condé, sous peine de sanctions.

Mais le précédent du Mali, pays au cœur de la guerre avec les djihadistes, n’est guère encourageant : après son double coup d’état, il ne parvient toujours pas à retrouver la stabilité. La semaine dernière, un chef de la police anti-terroriste, arrêté sous l’accusation de meurtre, a été libéré par ses hommes armés, défiant le pouvoir politique.

Le continent n’a pas encore trouvé les bons moyens de faire respecter collectivement, comme s’y est engagée l’Union africaine, la démocratie et la bonne gouvernance, points de passage pour que l’Afrique se développe enfin à la hauteur de son immense potentiel.

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