Le premier ministre Najib Mikati a un gouvernement, après 396 jours de vacance du pouvoir ; mais il doit montrer sa capacité à réformer le système pour obtenir l’aide financière dont le Liban, en faillite, a besoin.

Le premier ministre libanais, le milliardaire Najib Mikati, sortant du bureau du Président Michel Aoun, le 10 septembre à Beyrouth.
Le premier ministre libanais, le milliardaire Najib Mikati, sortant du bureau du Président Michel Aoun, le 10 septembre à Beyrouth. © AFP / AFP

Ca faisait 396 jours que le Liban n’avait pas de gouvernement, tandis que le pays s’enfonçait dans une crise sans précédent en temps de paix. Mais l’accord pour la formation d’un cabinet autour du premier ministre désigné, Najib Mikati, ne signifie pas pour autant la fin des difficultés pour la population libanaise : le scepticisme s’impose.

Sous le triple choc d’une faillite économique et sociale, d’une impasse politique structurelle, et des retombées de la terrible explosion dans le port de Beyrouth le 4 août 2020, le Liban vit une véritable descente aux enfers. Les trois quarts des Libanais vivent désormais sous le seuil de pauvreté, il n’y a quasiment plus d’électricité, ni de carburant ; trouver des médicaments est devenu un parcours du combattant, et l’exode de ceux qui peuvent partir vide le pays de ses forces vives.

Najib Mikati, un milliardaire libanais sunnite, deux fois premier ministre par le passé, a-t-il la solution pour sortir de la crise ? Il va devoir convaincre qu’il n’incarne pas la énième tentative de sauver un système discrédité ; car si officiellement ses ministres sont sans affiliation, la composition du gouvernement répond à un savant dosage, comme le Liban en a le secret.

La communauté internationale, et la France en particulier lors des visites d’Émmanuel Macron à Beyrouth l’an dernier, avaient conditionné l’aide financière dont le Liban a besoin, à la formation d’un gouvernement d’experts. On est loin du compte, car tous les ministre ont une affiliation politique, ne serait-ce que pour éviter qu’une faction dispose de plus du tiers des membres et donc d’un droit de véto.

Cette maladie politico-confessionnelle libanaise, rejetée lors des manifestations de masse de l’automne 2019, reste donc intacte, même si elle se fait un peu plus discrète. Partisans du Président chrétien Michel Aoun, Sunnites et Druzes, et enfin Chiites approuvés par le Hezbollah et le mouvement Amal, se partagent les postes - en l’absence de la faction dirigée par l’ancien premier ministre Saad Hariri qui a jeté l’éponge. 

Le premier ministre doit désormais annoncer son programme de réformes, dans le but de débloquer les milliards de dollars de l’aide internationale qui ont été promis par le FMI, les pays du Golfe, et les pays amis du Liban. Ca n’est pas gagné.

La réaction la plus positive est venue d’Emmanuel Macron, qui s’est félicité de ce qu’il a qualifié d’« étape indispensable », tout en évoquant les réformes nécessaires pour débloquer l’aide. « Nous traitons avec le Liban tel qu’il est », explique-t-on à l’Élysée comme pour s’excuser, là où Emmanuel Macron avait précédemment eu l’ambition, sans doute démesurée, de le changer. Selon le quotidien libanais « L’Orient-le-Jour » ce matin, la France aurait joué un rôle important en coulisses pour permettre la naissance de ce gouvernement, en particulier lors de la récente visite d’Émmanuel Macron à Bagdad et ses contacts avec l’Iran, parrain du Hezbollah libanais.

Une bonne partie des Libanais n’y croit pas, écoeurée par tant de déconvenues ces dernières années, par l’impossibilité de faire bouger un système notamment verrouillé par les enjeux régionaux. Les premiers pas des nouveaux ministres n’aident pas : celui des affaires sociales a commencé par demander aux Libanais de se priver des couches pour bébé, « comme en Chine » a-t-il dit, déclenchant une tornade sur les réseaux sociaux.

« Nous repeignons les murs au lieu de les rebâtir », écrivait la romancière libanaise Dominique Eddé dans une récente tribune au « Monde ». On verra si ça suffit cette fois encore.

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