Pas une seule déclaration d’un gouvernement européen après les annonces qui ont rendu la France furieuse ; mais après la colère, la France doit veiller à ne pas « perdre les Européens » inquiets.

Militaire française sur une base d’hélicoptères à Montauban : prêts pour la défense européenne ?
Militaire française sur une base d’hélicoptères à Montauban : prêts pour la défense européenne ? © AFP / Patricia Huchot-Boissier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Dans le fracas diplomatique qui a suivi les annonces des États-Unis, du Royaume Uni et de l’Australie, et qui ont rendu la France furieuse, il y a un grand absent : les pays de l’Union européenne, dont le silence finit par poser questions. Pas un commentaire, pas une déclaration venue des 26 partenaires de la France ; tout juste une allusion du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, qui a dit « comprendre la déception française ». C’est peu, c’est intrigant.

Certes, il s’agit d’un contrat d’armement entre la France et l’Australie qui a été annulé et remplacé par une offre américaine, et si ce n’était que ça, il serait difficile d’attendre du reste de l’Europe la moindre solidarité ; en particulier de la part de l’Allemagne qui avait perdu l’appel d’offres australien au profit de la France.

Mais il ne faut pas beaucoup creuser pour comprendre que l’enjeu n’est pas là, ou disons pas seulement là ; il est politique, dans le comportement des États-Unis avec leurs alliés, dans la géopolitique de la zone indo-pacifique, devenue le théâtre de la confrontation avec la Chine, dans l’équilibre des puissances au 21ème siècle. Le silence est donc moins compréhensible.

Less pays européens ont été surpris, choqués par le fait accompli américain en Afghanistan le mois dernier ; alors pourquoi le silence lorsqu’un nouvel épisode de manque de respect minimum entre alliés se produit, cette fois vis-à-vis d’un membre de l’Union européenne ?

On en revient une nouvelle fois à la difficulté qu’ont les Européens lorsqu’il s’agit de la garantie de sécurité américaine : ils savent qu’elle est affaiblie, mais ne veulent surtout pas s’en passer. Difficulté, aussi, avec la posture française qu’ils soupçonnent immédiatement de vouloir affaiblir l’Otan, l’alliance dirigée par les Américains, au profit d’une hypothétique défense européenne dans laquelle Paris aurait le rôle principal.

Personne en Europe ne veut avoir à choisir entre Washington et Paris : après avoir montré bruyamment sa mauvaise humeur, la France devrait donc veiller désormais à ne pas risquer de « perdre les Européens ». Elle se retrouverait isolée et perdant sur tous les tableaux.

On est certes loin de la défense européenne voulue par la France et quelques autres, mais paradoxalement, les choses bougent : il y a pour la première fois un fonds pour la défense dans le budget européen ; des forces de dix pays de l’UE sont présentes aux côtés des Français au Sahel, y compris des Estoniens qui regardaient jusque là vers l’Est… Et un sommet des 27 se tiendra au printemps à Toulouse, sous présidence française, pour adopter une « boussole stratégique », c’est-à-dire la définition des intérêts et des objectifs communs, condition sine qua non d’une défense partagée.

Mais ce qui n’est pas encore évident, c’est la volonté commune des Européens d’exercer leur souveraineté ; car l’alternative, c’est ce que le Royaume Uni vient de démontrer : il avait choisi le Brexit pour s’émanciper, mais vient de revenir dans le giron américain, tout ça pour ça !

Cet épisode des sous-marins laissera des traces durables dans les rapports entre alliés, la blessure française est vive : mais il peut aussi aider à prendre conscience de la brutalité du monde réel dans lequel nous sommes entrés. Le silence des Européens n’est toutefois pas de très bon augure.

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