Depuis 17 ans, les quais de Liverpool figuraient sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO. Ils en ont été rayés... et la Chine n'y est pas pour peu.

La ville des Beatles retirée de la liste du Patrimoine mondial
La ville des Beatles retirée de la liste du Patrimoine mondial © Getty / Loop Images

L'UNESCO a retiré hier Liverpool de sa liste du patrimoine mondial et c'est une énorme déception pour la ville des Beatles et du FC Liverpool : voilà 17 ans seulement que les quais et leurs entrepôts, maisons de commerce et infrastructures industrielles datant des 18e et 19e siècle avait obtenu ce label d'excellence.

C'est aussi une petite humiliation : depuis presque un demi-siècle qu'elle existe cette liste, il n'y a que deux autres sites qui ont été été rayés de la liste : la vallée de l'Elbe à Dresde en 2009 et la réserve d'oryx blancs d'Oman en 2007.

C'est une humiliation d'autant plus cuisante que l'un des sites les plus célèbres du Royaume-Uni, le sanctuaire mégalithique de Stonehenge, a lui été placé sur la liste des sites en danger. Une humiliation à peine compensée par l'ajout de la ville d'eau de Bath.

Les Britanniques en touristes à Fuzhou

Parce que Bath est ajoutée avec 10 autres villes d'eau dans 7 pays européens, dont Vichy. En clair, l'UNESCO retire une histoire très britannique de sa liste, Liverpool, pour y substituer une histoire pan-européenne, dont Bath n'est qu'une pièce parmi d'autres.

Il faut dire que le gouvernement britannique n'a pas mis toute les chances de son côté : il n'a envoyé à la réunion de Fuzhou, en Chine, où se décidait le sort de Liverpool, qu'un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, et pas le ministre en personne.

Ce genre de détail ne peut que fâcher la puissance invitante, la Chine, qui exerce une influence décisive sur le Comité de la liste du patrimoine mondial alors qu'elle le préside pour un an. D'ailleurs, l'humiliation britannique n'est pas faire pour lui déplaire...

Un siècle d'humiliation, et une revanche à prendre

D'abord et avant toute chose, la Grande-Bretagne est ce pays qui a fait deux guerres de l'opium à la Chine en 1856 et 1860. Deux guerres qui ont abouti à la concession de Hong-Kong et inauguré ce que les Chinois appellent « le siècle de l'humiliation ».

Donc, humilier les Britanniques n'est jamais pour déplaire à Pékin. De plus, il se trouve que Boris Johnson a réagi à la mise au pas du mouvement pro-démocratie à Hong Kong en offrant des milliers de visas de résidence en Grande-Bretagne aux Hong-Kongais.

Plus de 5 000 en ont déjà profité et le gouvernement britannique compte en accueillir 30 000 rien que cette année et table en tout sur 300 000 visas. Si l'on ajoute à cela les critiques sur le sort des Ouïgours, on obtient le cocktail de la discorde et de la rétorsion.

Les amis récompensés, les adversaires punis

Ça commence à faire beaucoup ! L'Australie a obtenu de justesse que sa Grande barrière de corail ne soit pas rétrogradée en Patrimoine mondial « en danger ». Or l'Australie fait partie des pays les plus critiques vis-à-vis de Pékin, comme la Grande-Bretagne.

Difficile de ne pas y voir une relation de cause à effet. D'autant que les pays récompensés, eux, sont tous soit des alliés ou des critiques très modérés de Pékin : trois sites en Allemagne, un en Tchéquie, un en Italie et la France, pour faire bonne mesure.

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