La France et le Royaume Uni proposent de créer des « zones protégées » à Kaboul pour les candidats au départ, une proposition refusée par les talibans. La libre circulation dépendra de leur bon vouloir après le départ des derniers Américains mardi.

Candidats au départ, hier, devant l'entrée de l'aéroport Hamid Karzai de Kaboul; mais la porte est en train de se refermer.
Candidats au départ, hier, devant l'entrée de l'aéroport Hamid Karzai de Kaboul; mais la porte est en train de se refermer. © AFP / WAKIL KOHSAR / AFP

La porte est en train de se refermer à Kaboul, à l’approche du départ, demain, des dernier Américains. Dans les conditions chaotiques que l’on sait, un pont aérien massif a été organisé depuis l’entrée des talibans dans la capitale afghane le 15 août ; mais on sait aussi que des dizaines de milliers, -un nombre impossible à évaluer en vérité-, d’Afghanes et d’Afghans cherchent encore à quitter leur pays et à échapper au régime des nouveaux maîtres. Ils sont aujourd’hui pris au piège, dans un huis clos effrayant.

Alors comment créer les conditions d’un départ possible de ces personnes après le retrait des derniers Occidentaux ? Comment obtenir des talibans, puisque c’est de cela qu’il s’agit, qu’ils laisssent partir des Afghans qui ont travaillé pour les armées occidentales ou pour l’ancien régime ; mais aussi des femmes qui refusent les règles rétrogrades qui leur sont imposées ? 

En l’absence de tout recours à la force, qui serait irréaliste, il ne reste donc que la diplomatie ; espoir bien mince, avouons-le, comme l’a déclaré à France Inter le porte-parole des talibans.

Emmanuel Macron a annoncé hier une initiative franco-britannique, qui sera déposée aujourd’hui devant le Conseil de Sécurité des Nation Unies, visant à créer une « zone protégée » dans la capitale afghane. Le but est de permettre aux candidats au départ de s’y réfugier avant de quitter le pays.

Les talibans ont déjà opposé une fin de non-recevoir à cette proposition considérée comme une entorse à leur souveraineté. Mais Paris et Londres iront certainement de l’avant dans cette démarche, en espérant obtenir le soutien des deux membres permanents du Conseil de sécurité qui ont reconnu les talibans, la Russie et la Chine. 

Ces deux pays oseront-ils mettre leur véto à une proposition humanitaire, au risque d’apparaître complices du régime des talibans ? Dans le contexte international actuel, c’est une vraie possibilité, la Chine en particulier ayant décidé de jouer la carte d’une relation dite « pragmatique » avec les talibans. 

L’alternative, négociée avec les talibans au Qatar, est un simple engagement de leur part à laisser partir celles et ceux qui auraient tous les papiers nécessaires. 98 pays -dont la France et les États-Unis- ont annoncé hier qu’ils jugeront les talibans sur le respect de cet engagement, qui sera difficile à faire respecter en l’absence de représentants sur place. Cette promesse de libre circulation ne repose que sur la bonne foi des nouveaux maîtres de Kaboul - et il n’y a pas grand monde aujourd’hui pour y croire.

C’est donc une situation très sombre pour celles et ceux qui veulent encore partir ; et il n’y a qu’un seul maigre espoir de voir les talibans assouplir leur position, c’est la difficulté qu’ils rencontrent à stabiliser la situation à Kaboul, deux semaines après leur victoire.

Ces derniers jours, il y a eu des manifestations devant les banques à Kaboul, car le système économique n’a pas encore été remis en route et les gens ne peuvent pas retirer leur argent ; il n’y a d’ailleurs toujours pas de gouvernement ; et il y a le défi de la branche afghane de Daech, qui dispose de moyens de nuire dans la capitale.

A ce stade, le signal qu’ils envoient au monde est ambigü, mais les Occidentaux défaits n’ont pas d’autre choix que de prendre au mot les talibans au moment où ceux-ci veulent imposer leur autorité - ce qui semble plus compliqué que de battre l’armée américaine. 

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