Les talibans ont repris le contrôle du Panshir, le bastion historique du commandant Massoud, tandis que plusieurs pays dont la Chine, la Russie ou la Turquie, sont présents à Kaboul, rendant toute politique d’isolement vaine.

Combattant taliban assurant la sécurité devant un magasin de change de devises à Kaboul.
Combattant taliban assurant la sécurité devant un magasin de change de devises à Kaboul. © AFP / Aamir QURESHI / AFP

L’histoire, c’est connu, se répète rarement deux fois de la même manière. Ceux qui espéraient voir la région du Panshir devenir une seconde fois le bastion imprenable de l’époque du commandant Massoud, ont du déchanter : les talibans ont annoncé hier qu’ils en avaient pris le contrôle, même si Ahmad Massoud, le fils du « Lion du Panshir », a lancé sur les ondes un appel à la résistance. Ca risque d’être très difficile pour lui dans un environnement transformé.

Il y a de nombreuses différences entre les talibans première version de 1996, chassés du pouvoir en 2001, et ceux qui sont aujourd’hui à Kaboul. 

Leur idéologie n’a pas changé : elle reste basée sur la stricte application de la Sharia, la loi islamique, avec tout ce que ça implique pour les femmes ou pour la création d’un État moderne.

En revanche, vingt ans d’exil et de guerre, mais aussi de bouleversements internationaux, font que cette prise de contrôle du pays, à la faveur du retrait américain, ne ressemble pas à la précédente, on s’en rend compte tous les jours.

Il y a vingt cinq ans, lorsque les talibans avaient pris Kaboul, l’Afghanistan s’était refermé

Il était resté largement coupé du monde jusqu’à la guerre éclair de 2001. Hier, la chaîne qatari Al Jazeera annonçait que six pays avaient été invités à la présentation prochaine du premier gouvernement taliban. Cette liste en dit long sur le nouvel environnement mondial.

On y trouve évidemment le Pakistan, parrain secret des talibans depuis longtemps, dont le chef des services de renseignement se trouvait ces derniers jours à Kaboul, comme pour recevoir le trophée de ses actions. 

On y trouve aussi deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie et la Chine, qui, pour prendre le contrepied des États-Unis, mais aussi pour asseoir leur influence, jouent la carte des talibans. Leur présence rend vaine toute tentative d’isoler le nouveau régime quand un voisin aussi important que la Chine décide de l’appuyer.

Les trois autres pays sont la Turquie, l’Iran et le Qatar ; trois pays dont la présence n’allait pas nécessairement de soi.

Le premier, la Turquie, est toujours membre de l’Otan, l’alliance militaire dirigée par les États-Unis et qui a subi une défaite cuisante face aux talibans. Et pourtant, le président turc Erdogan, comme il sait très bien le faire, jongle sur tous les tableaux. 

L’Iran non plus n’était pas évident, car les talibans n’ont jamais été tendres avec la minorité chiite hazara, et cette question pèse lourd dans les relations avec Téhéran. Un équilibre fragile semble avoir été trouvé.

Enfin, le Qatar a joué un rôle-clé dans les accords conclus entre les talibans et les États-Unis, et comme base arrière politique des vainqueurs de Kaboul. Le Qatar a pris la place des Émirats arabes unis qui étaient présents à Kaboul lors du premier règne des talibans.

Ce nouvel environnement, à l’image d’un monde multipolaire complexe, devrait amener les Occidentaux a parler aux talibans malgré leurs réserves, et celles des opinions publiques sous le choc. La politique de la chaise vide n’aidera en aucune manière la population afghane face à un régime qui est, on l’a vu, tout sauf isolé.

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