Des manifestations ont eu lieu dimanche dans une vingtaine de villes de Cuba, contre les pénuries mais aussi pour la liberté. Une première alors que l’île n’est plus dirigée par un Castro pour la première fois depuis 60 ans.

Manifestants dimanche dans les rues de La Havane, contre les pénuries, mais aussi aux cris de « Liberté ».
Manifestants dimanche dans les rues de La Havane, contre les pénuries, mais aussi aux cris de « Liberté ». © AFP / YAMIL LAGE / AFP

Les admirateurs de la révolution cubaine blâmeront les sanctions américaines rétablies par Donald Trump et auxquelles Joe Biden n’a pas touché ; les détracteurs du castrisme y verront de leur côté la faillite d’un régime, une révolution épuisée après plus de 60 ans.

La réalité est sans doute l’addition des deux, car s’il est évident que les sanctions économiques et financières américaines compliquent la vie des Cubains, on a bel et bien affaire à un système qui se montre incapable de se régénérer.

Les manifestations qui se sont produites dimanche dans une vingtaine de villes de Cuba, et de la manière la plus spectaculaire sur le Malecon, la célèbre avenue du bord de mer à La Havane, ont pris une ampleur quasiment inédite depuis la révolution cubaine ; et au moins depuis les émeutes de 1994 qui avaient conduit au départ de dizaines de milliers de boat-people vers la Floride.

C’est un phénomène social et politique majeur, dans un pays qui reste symboliquement fort en Amérique latine et au-delà. Difficile de dire à ce stade s’il s’agit d’un feu de paille ou d’un mouvement inscrit dans la durée ; mais la réaction très ferme du pouvoir, montre que l’alerte est prise au sérieux.

Le détonateur immédiat, c’est la grave pénurie alimentaire, qui s’ajoute à une crise économique et sociale déjà profonde, et à une résurgence sérieuse de la pandémie dans un pays qui ne cesse de vanter son système de santé, y compris ses vaccins anti-covid.

Mais le contexte historique est aussi important. Depuis seulement trois mois, pour la première fois depuis soixante ans, ce n’est plus un Castro qui dirige Cuba. Fidel, puis son frère cadet Raul, ont dirigé le pays depuis la révolution de 1959. Cette génération est partie, et Raul Castro a été remplacé par Miguel Diaz-Canel, 60 ans ; mais ce passage de témoin générationnel ne s’accompagne d’aucune inflexion politique.

Le pouvoir communiste a lancé des réformes économiques, notamment monétaire, au prix d’une dévaluation de 2400% du peso cubain, et d’une plus grande marge de manœuvre pour le secteur privé ; mais pour l’heure, la population n’en subit que les effets négatifs, une inflation à trois chiffres en particulier. Et, surtout, aucune « glasnost », comme on disait à Moscou, aucune ouverture politique.

Les manifestants de dimanche marchaient au cri de « liberté ». C’est-à-dire qu’au ras-le-bol exprimé face aux privations et aux difficultés de la vie quotidienne, il y avait aussi une demande de respiration d’une société trop longtemps abreuvée de slogans.

Signe de cette revendication libertaire, un air de rap composé en commun par des jeunes Cubains de La Havane et de Floride, très populaire sur le web, et qui a été repris en chœur par les manifestants. Il s’intitule « La Patrie et la Vie », un détournement du slogan révolutionnaire « La Patrie ou la Mort », ce qui est en soit un crime de lèse-Castro.

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L’appel à la mobilisation des militants communistes lancé par le successeur peu charismatique des frères Castro, Miguel Diaz-Canel, peut faire augurer le pire, une répression de ce mouvement populaire accusé d'être à la solde des Américains. Ce régime en est capable pour survivre, mais dans le contexte de crise aussi profonde que celle que traverse Cuba, et sans la légitimité des pères de la Révolution, c’est peut-être suicidaire. 

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