« Ils mentent » s’est exclamé Jean-Yves Le Drian à propos de la promesse du nouveau pouvoir taliban de laisser partir ceux qui le voudraient après le départ des Américains. Les options sont limitées pour les aider.

Arrivée à Doha, le 9 septembre, du premier vol au départ de Kaboul depuis le départ des Américains, un vol Qatar Airways.
Arrivée à Doha, le 9 septembre, du premier vol au départ de Kaboul depuis le départ des Américains, un vol Qatar Airways. © AFP / KARIM JAAFAR / AFP

La porte s’est refermée le 31 août, avec le départ du dernier soldat américain, et, depuis deux semaines, les Afghanes et les Afghans qui n’avaient pas réussi à monter dans un avion au départ de Kaboul dans le chaos de l’aéroport, sont pris au piège.

Les talibans seuls au pouvoir ont bien promis qu’ils autoriseraient tous les Afghans disposant de papiers d’identité et d’un visa étranger à quitter le pays ; mais Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, a lâché un constat brutal, samedi, à l’émision C l’hebdo : « ils mentent » !

Les talibans laissent partir au compte goutte les derniers ressortissants étrangers, dont quelques Français. Mais quasiment pas d’Afghans, confrontés à la mise en place d’un régime qui déroule son programme fondamentaliste, à l’image de son gouvernement : 100% taliban, 100% masculin, et privilégiant les dirigeants les plus durs.

Les options sont extrêmement limitées pour les gouvernements étrangers et les ONG qui ont des listes d’attente de milliers -aucun chiffre précis n’est donné- de personnes considérées comme en danger, parfois de mort.

La géographie est un facteur déterminant. Regardez une carte de ce pays enclavé : les routes sont hasardeuses en raison des nombreux barrages talibans, et du risque posé par Daech ; et surtout de l’hostilité de la plupart des pays voisins. A commencer par le Pakistan, allié des talibans, ou des pays d’Asie centrale comme le Tadjikistan ou l’Ouzbekistan.

L’option la moins risquée reste donc la voie aérienne, mais elle passe par un feu vert politique des autorités talibanes. C’est notamment dans ce but que le chef de la diplomatie française s’est rendu ces deux derniers jours au Qatar. 

Ce petit émirat du Golfe est quasiment la seule clé d’accès au nouveau pouvoir de Kaboul. C’est à Doha qu’est installée la représentation des talibans à l’extérieur ; c’est là que se sont déroulées les négociations qui ont conduit au départ des Américains ; c’est le Qatar, encore, qui assure la relance progressive du trafic aérien à Kaboul.

Jean-Yves Le Drian, fort des relations étroites et anciennes, et souvent controversées, entre la France et le Qatar, tente de susciter une médiation qatarie pour permettre une reprise des évacuations d’Afghans. Un émissaire français, l’ancien ambassadeur à Kaboul, François Richier, se trouve également à Doha pour des contacts officieux avec les talibans, en l’absence de reconnaissance officielle de leur régime.

Les nouveaux maîtres de l’Afghanistan ont hérité d’un pays exsangue, menacé d’une catastrophe humanitaire à grande échelle. Une conférence avait lieu hier sous l’égide de l’ONU pour apporter une aide humanitaire aux populations menacées, et la France s’est engagée à hauteur de 100 millions d’euros.

C’est le seul levier dont disposent les Occidentaux après la débâcle de Kaboul. Ce levier, c’est l’accès aux financements internationaux, en échange d’un régime plus présentable ; qui, au moins, tienne ses promesses sur la libre sortie des Afghans, et sur l’absence de sanctuaire terroriste.

Dilemme classique de l’aide humanitaire : pour aider les victimes, il faut aider les bourreaux. C’est le prix à payer pour permettre à des Afghanes et des Afghans d’échapper à leur joug, mais rien n’est encore joué.

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