Le premier ministre malien relance ses critiques contre la France, élude la question des mercenaires russes, et veut repousser les élections : l’orage menace entre Paris et Bamako, peut-être la rupture.

Soldat français de l’opération Barkhane au Sahel dont la fin a été annoncée par le Président Macron.
Soldat français de l’opération Barkhane au Sahel dont la fin a été annoncée par le Président Macron. © AFP / MICHELE CATTANI / AFP

L’heure de vérité approche entre la France et le Mali, après des mois de tensions croissantes entre ces deux États en principe alliés contre le terrorisme au Sahel.

Dernier exemple de la méfiance entre Paris et Bamako, le premier ministre malien, Choguel Maïga, parle de la France, dans une interview au quotidien « Le Monde » hier, comme de « notre principal allié, en tous cas celui que nous croyions l’être ». 

Il reprend ses accusations d’« abandon » à l’encontre de Paris pour la fin de l’opération Barkhane et le redéploiement de l’armée française ; même si à Paris on maintient que tout s’est fait en concertation avec Bamako.

Mais si rupture il doit y avoir, elle viendra de la possible décision de la junte militaire de faire venir au Mali des mercenaires russes de la société privée Wagner, dirigée par un proche de Vladimir Poutine. Dans « Le Monde », le premier ministre malien fait durer le suspense : 

« Je ne connais pas de Wagner, ce sont des rumeurs à ce stade »

Mais il laisse entendre le contraire lorsqu’il ajoute : « Notre gouvernement a compris que s’il ne compte que sur un seul partenaire, il pourra à tout moment être abandonné ». Le second partenaire, c’est évidemment la Russie.  

Il est difficile d’imaginer les forces françaises et européennes cohabiter dans le même pays avec les mercenaires russes de Wagner. L’arrivée de ces derniers en République Centrafricaine a d’ailleurs entrainé la suspension de la coopération militaire avec la France. Ce serait assurément une crise majeure entre la France et le Mali.  

Il y a quelques semaines, quand les premières informations ont commencé à filtrer, la position de Paris était très ferme : « c’est eux ou nous ». C’est moins sûr aujourd’hui, ne serait-ce qu’en raison des difficultés opérationnelles que poserait un départ des forces françaises du Mali pour la suite des opérations anti-terroristes. Le Niger est un « plan B » incertain, et le Tchad, plus accueillant, est éloigné de la zone d’action prioritaire, la région dite des « trois frontières », Mali-Niger-Burkina Faso.  

La France n’est d’ailleurs pas seule à se poser la question : hier le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, dont le pays a plusieurs centaines d’hommes sur place dans une mission de formation, a évoqué de possibles sanctions en cas d’arrivée des mercenaires.  

Pourquoi cette insistance des dirigeants maliens ? Si le précédent centrafricain donne une indication, Wagner offre une garde prétorienne au Président. Les dirigeants de la junte malienne à la légitimité fort mince, pourraient se payer à leur tour une protection rapprochée comme la France n’en offre plus.  

Cette question de la légitimité du régime est d’ailleurs l’autre grand sujet de l’heure. Les auteurs du premier coup d’État, l’an dernier, s’étaient engagés à tenir des élections en février 2022. Le pouvoir actuel, issu du « coup d’État dans le coup d’État », remet en cause ce calendrier : « quelques semaines ou quelques mois de décalage, ce n’est pas la fin du monde ».  

Mais dimanche, les pays de la région sont venus dire au colonel Assimi Goïta, l’homme fort de Bamako, qu’il devait tenir le calendrier électoral, un message « ferme » et « sans ambiguïtés », selon la délégation africaine de la CEDEAO.  

Cela suffira-t-il à faire reculer le pouvoir malien ? Rien n’est moins sûr, le pessimisme règne à Paris ; et il est fort possible qu’à la guerre implacable contre les groupes terroristes au Sahel, il faille prochainement ajouter un imbroglio politico-militaire dont nul ne sortira gagnant.

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