Quel monde dessine l'ensemble des pays utilisant le logiciel israélien Pegasus ? Revue de détail.

Ce logiciel israélien qui infecte téléphone et communications électroniques est vendu à des États. Sa propagation dessine donc une carte du monde et il est utile de se demander quelles sont ses spécificités.

Écartons d’emblée l’idée que cette technologie ne serait vendue qu’à des dictatures ou à des régimes autoritaires. Un des principaux clients révélés par le travail d’enquête de médias du monde entier, dont Radio France, est le Mexique, qui est une démocratie.

On y retrouve aussi l’Inde de Narendra Modi ou la Hongrie. Deux exemples indéniables de démocraties malgré leurs tendances illibérales plus ou moins accentuées. Donc, le point commun des États clients de Pegasus n’est pas le type de régime.

La carte des alliés d'Israël

Leur point commun, c’est Israël. Tous sont plus ou moins ouvertement des alliés de l’État hébreu. C’est le cas de certaines monarchies du Golfe (Émirats arabes unis et Bahreïn) mais aussi du Maroc qui ont tous récemment reconnu diplomatiquement Israël.

C’est aussi le cas du Mexique qui, au moins depuis 2008, achète des armes israéliennes ; du Rwanda où Israël a une ambassade depuis 2019 et donc de l’Inde : Narendra Modi a été le premier Premier ministre indien à se rendre en Israël en juillet 2017.

Le cas de l’Arabie saoudite est un peu particulier : le prince héritier Mohamed Ben Salman, dit MBS, n’a jamais caché son admiration pour la réussite économique de son voisin israélien ni sa volonté à terme d’établir des relations diplomatiques avec Tel Aviv.

Seulement voilà : MBS n’a pas encore les mains libres. Tant que son vieux père Salman est encore roi, il faudra patienter. Ce qui n’empêche visiblement pas la coopération et l’acquisition du meilleur de la technologie israélienne en matière d’espionnage.

Peut-on parler de « soft power » israélien ?

Pas vraiment : le soft-power, ce sont des outils d’influence non militaires : pour la France les écoles, instituts et alliances françaises ou les visas accordés à des étudiants étrangers… Pegasus est un pur produit du complexe militaro-industriel israélien.

En cela, Israël n’a rien de particulièrement original : tous les complexes militaro-industriels du monde mêlent entreprises privées et commandes publiques et servent les intérêts de leurs pays d’origine à l’exportation. Tous avec des « spécialités » :

Les navires de guerre, les Rafales pour la France ; les avions de combat et les systèmes antiaériens pour les Russes et donc, les systèmes de surveillance pour Israël qui succède en cela à la Grande-Bretagne, en pointe dans ce domaine dans les années 70 et 80.

Rien de nouveau dans cette spécialisation israélienne dans les outils de surveillance… Ni dans le fait de proposer ces services à l’exportation. Ni dans celui de mêler renseignement et diplomatie, non plus. Par contre, l’étendue des possibilités d’espionnage offerte à des États par ces logiciels espions est stupéfiante et pour tout dire terrifiante.

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