L’Assemblée générale de l’ONU s’ouvre aujourd’hui à New York alors que les tensions sino-américaines ne cessent de monter. L’appel d’Antonio Gueteres risque de rester lettre morte.

Le siège des Nations Unies à New York, où se tient à partir d’aujourd’hui l’Assemblée générale annuelle.
Le siège des Nations Unies à New York, où se tient à partir d’aujourd’hui l’Assemblée générale annuelle. © AFP / Ed JONES / AFP

A quoi servent les Nations Unies en période de guerre froide ?

L’Assemblée générale de l’ONU s’ouvre aujourd’hui à New York ; et le Secrétaire Général de l’Organisation, l’ancien premier ministre portugais Antonio Guterres a fait précéder ce rendez-vous annuel d’un appel qui restera lettre morte. Il a mis en garde contre une nouvelle guerre froide, et a appelé les États-Unis et la Chine à réparer ce qu’il a appelé leur relation « complètement dysfonctionnelle ».

« Nous devons éviter à tout prix de retomber dans une guerre froide qui serait différente de la précédente, et serait probablement plus difficile à gérer, et plus dangereuse », a déclaré le Secrétaire Général de l’ONU à l’agence Associated Press.

Il a évidemment raison, mais qui l’écoute ? Certainement pas le Président des États-Unis, Joe Biden, ni le numéro un chinois Xi Jinping. Tous deux sont aujourd’hui sur une logique de confrontation entre les deux principales puissances du 21ème siècle, comme l’ont montré les péripéties des derniers jours dans la région indo-pacifique.

Les parallèles historiques sont toujours hasardeux, mais la référence à la guerre froide prend tout son sens malgré les différences évidentes. Au titre des différences, l’intégration économique forte entre les États-Unis et la Chine, là où Américains et Soviétiques échangeaient peu ; Apple, Tesla ou General Motors sont de gros investisseurs en Chine, ce qui n’existait pas en URSS.

Mais les parallèles sont nombreux : le blocage des exportations technologiques sensibles vers la Chine décidé par Donald Trump en fait partie, tout comme la création de l’AUKUS, cette entente États-Unis-Royaume Uni et Australie annoncée la semaine dernière, et qui rappelle le chapelet d’alliances militaires de la première guerre froide, destiné à l’endiguement de la puissance rivale.

Au niveau de l’ONU, l’esprit de la guerre froide est assurément installé, avec sa paralysie du Conseil de sécurité. C’est notamment à ça que faisait allusion Antonio Gueterres.

Au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, cinq pays disposent d’un droit de véto, héritage de 1945 et des vainqueurs de la guerre : les États-Unis, la Chine, la France, le Royaume Uni et la Russie. Dans les périodes de forte tension, chaque grande puissance utilise son véto pour protéger ses « clients ». Aux dépens de l’objectif du Conseil de sécurité : la paix et la sécurité du monde.

Il y a aujourd’hui dans le monde plusieurs conflits et crises qui devraient préoccuper l’organisation mondiale, de la Birmanie à la Biélorussie ou l’Ukraine, de la sale guerre du Yémen à celle d’Éthiopie. L’ONU ne peut quasiment rien faire d’autre que de l’humanitaire, ce qui est essentiel, mais pas suffisant, pour aider à résoudre des crises.

J’ai rencontré il y a longtemps l’un des tout premiers dirigeants de l’ONU, l’Irlandais Brian Urquhart, qui en fut Secrétaire Général adjoint et créa la première force de maintien de la paix. Cet ancien combattant de la Seconde guerre mondiale, mort cette année à 101 ans, m’a raconté l’enthousiasme et les espoirs du début, et il a ajouté : « ça a duré quelques mois à peine, et la guerre froide a commencé ». De ce point de vue, l’histoire bégaye.

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