En tournée d'adieu dans le monde entier, Angela Merkel tente d'être encore utile. Compliqué lorsqu'on est reçue par Vladimir Poutine

Angela Merkel en conférence de presse en juillet 2021 à Berlin
Angela Merkel en conférence de presse en juillet 2021 à Berlin © Getty / Wolfgang Kumm/picture alliance

Angela Merkel était en Ukraine dimanche pour une dernière visite de travail alors qu'elle s'apprête à abandonner la chancellerie après les élections législatives du 26 septembre prochain. Cette visite en Ukraine, après celle à Moscou vendredi, est ce qu'on a pris l'habitude d'appeler un « tournée d'adieux ».

Le rituel est assez éprouvé : la chancelière est accueillie avec des assauts d'amabilité et des honneurs tout particuliers – elle a, par exemple, été la première leader européenne a être reçue à la Maison-Blanche par Joe Biden, avant même Boris Johnson.

A Londres, elle a eu droit début juillet à une rencontre en tête à tête avec BoJo à Chequers, la résidence secondaire des Premiers ministres britanniques, et à un thé d'adieu avec la reine à Windsor. Samedi prochain, elle sera en Israël.

Humiliée à Moscou face à Vladimir Poutine

Ces voyages de fin de carrière ne servent au fond absolument à rien ! Le meilleur exemple est sa visite à Moscou : c'est le pays qu'elle a, avec la France, le plus visité au cours de ses 16 années de pouvoir : pas moins de 20 voyages officiels. Or, pour sa dernière visite, elle n'a même pas obtenu un geste :

Elle pensait sincèrement que le sort d'Alexei Navalny pouvait être allégé par son plaidoyer. Vladimir Poutine ne lui a même pas fait ce plaisir. Il a, par contre, cruellement souligné combien, en ce moment, c'est lui qui avait la main :

En Afghanistan, alors que l'ambassade russe fonctionne normalement à Kaboul et que les leaders européens en sont réduits à l'appeler pour tenter une médiation avec les Talibans. Il s'est permis de demander à Angela Merkel de porter un message en Ukraine :

« Dites-leur de respecter à la lettre l'accord de Minsk, puisque vous en êtes garants ». En clair, il a donné l'impression que l'Allemagne était une sorte de petit télégraphiste des intérêts russes auprès de Kiev. Avouez que c'est tout de même humiliant !

Une phrase pour tout leg : "wir schaffen das"

Il ne restera pas grand chose de sa politique étrangère si l'on regarde de près. L'Ukraine est un bon exemple : en 2008, avec Nicolas Sarkozy, elle a stoppé toute velléité d'adhésion de Kiev à l'Alliance atlantique. L'idée était de ne pas brusquer Moscou.

Vladimir Poutine en a tiré la conclusion que l'OTAN n'interviendrait ni en Géorgie, ni en Ukraine. Et il avait raison. Le cessez-le-feu péniblement négocié en 2014 avec Moscou fige l'occupation d'un tiers du territoire ukrainien et l'annexion de la Crimée.

Même son leg européen est contestée : elle a, elle-même, reconnu ses erreurs sur le dossier Grec entre 2008 et 2012. A sa décharge, c'est à cette erreur que l'on doit la seule grande avancée européenne en quinze ans : la création de dettes communes.

Il y a aussi sa résistance à Donald Trump. Elle n'a jamais transigé, ni tenté de l'amadouer, comme Emmanuel Macron avec le dîner de la Tour Eiffel et le défilé sur les Champs Elysées. Elle méprisait Donald Trump qui le lui rendait bien.

Reste une phrase : le fameux « wir schaffen das ». Ce « nous y arriverons » à accueillir un million de réfugiés en 2015 mérite à son auteure une place à part dans l'Histoire commune : en trois mots Angela Merkel a sauvé l'honneur de l'Europe. Pas mal, non ?

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