Il manque 100 000 chauffeurs de poids lourds au Royaume Uni, en raison de l'exode des étrangers européens après le vote du Brexit : le gouvernement tente d'éviter les pénuries qu touchent déjà les stations-service.

Station-service fermée hier à Londres, après un weekend de « panic buying » de carburant et une difficulté à se faire livrer.
Station-service fermée hier à Londres, après un weekend de « panic buying » de carburant et une difficulté à se faire livrer. © AFP / Hasan Esen / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

C’est la crise la plus improbable du moment : les Britanniques ont littéralement vidé les stations-service ce weekend, dans ce que la presse appelle « panic buying », l’achat d’essence en panique. Certaines personnes ont dormi dans leur voiture pour être certaines de pouvoir faire le plein, les files d’attente s’étendaient sur des kilomètres… Résultat, une majorité de stations sont vides depuis lundi. 

Le Royaume Uni n’a pas de problèmes d’argent comme le Liban où les mêmes scènes se passent autour des stations-service, ni même de pénurie de carburant dans les dépôts. Non, la cause tient en un mot : le Brexit.

Le problème est un manque dramatique de chauffeurs de poids lourds au Royaume Uni, quelque 100 000 chauffeurs dont l’absence se fait sentir non seulement dans les stations-services, mais aussi les supermarchés dont des rayons entiers sont vides, ou des chaînes de restaurants qui barrent des plats de leurs menus.

En quoi le Brexit est-il responsable ? Souvenez-vous, une partie de la campagne du référendum sur le Brexit, en juin 2016, s’est jouée sur la présence de « trop d’étrangers » sur le sol britannique ; la définition de l’« étranger » étant dans ce cas originaire de l’Union européenne pour les pro-Brexit, la version britannique du « plombier polonais ».

Après le vote pour sortir de l’Union européenne, des années d’incertitude, de négociations épuisantes et de psychodrames au Parlement, plus d’un million d’Européens ont quitté le pays où ils avaient reconstruit leur vie, mais où ils ne se sont plus sentis les bienvenus. 

Les Britanniques l’ont d’abord éprouvé dans les service de santé, qui dépendaient beaucoup de personnel étranger ; et personne n’a trop prêté attention aux chauffeurs de poids lourds, échaudés par les complications administratives, et qui ont préféré retourner chez eux. La fin de la libre circulation a fait le reste.

Le gouvernement de Boris Johnson envisage deux pistes pour faire face à la crise : un recours à l’armée pour approvisionner les stations-service dans les zones les plus atteintes par la pénurie ; et, ironie cruelle, 5000 visas exceptionnels pour des chauffeurs européens qui voudraient revenir travailler au Royaume Uni ; mais seulement pour trois mois, pas question d’ouvrir grand les portes.

L’offre n’a pas suscité un enthousiasme excessif ! Un syndicat de routiers aux Pays-Bas, cité hier par la BBC, a répondu en termes crus : « les chauffeurs européens auxquels nous parlons n’ont aucune intention d’aller au Royaume Uni dans de telles conditions pour les sortir de la merde dans laquelle ils se sont mis tous seuls ». Fin de citation.

Autre piste du gouvernement, proposer 50 000 permis poids lourds supplémentaires, et écrire à des détenteurs du permis poids lourds qui auraient changé de métier pour les inciter à revenir au volant.

La hantise du gouvernement, c’est que les achats en panique s’étendent à d’autres secteurs, même si les grandes chaines de distribution assurent qu’il n’y a aucun risque de pénurie. La presse parle désormais d’un possible « hiver du mécontentement », une expression rappelant les pénuries des années 70 au Royaume Uni ; pas vraiment les lendemains qui chantent que promettait le Brexit

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