Un rapport d’un Institut international classe les quinze premières puissances en cyberguerre en trois catégories. Les États-Unis sont seuls en première catégorie, loin devant la Chine, et la France seul pays de l’UE de la liste.

Logo du ComCyber, la branche de cyberdéfense de l'armée française, seul pays de l'UE à figurer dans le classement de l'IISS
Logo du ComCyber, la branche de cyberdéfense de l'armée française, seul pays de l'UE à figurer dans le classement de l'IISS © AFP / Jaap Arriens / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Il ne se passe pas un jour sans qu’on apprenne qu’une cyber-attaque, ou une opération de cyber-espionnage, a été menée quelque part dans le monde. Ce nouveau champ de bataille, pas si virtuel que ça, est encore entouré de beaucoup d’inconnues, à commencer par l’évaluation des capacités des États.

Pour la première fois, une étude approfondie nous aide à y voir plus clair. Pendant deux ans, l’Institut international des études stratégiques (IISS), basé à Londres, a étudié les moyens, les stratégies, les environnements éducatifs, scientifiques et militaires des États, pour arriver à produire une hiérarchie mondiale de la cyberguerre.

L’Institut a classé les quinze principaux acteurs de ce champ de conflictualité en trois catégories, avec une surprise : il n’y a qu’un seul État dans la première catégorie, et ce n’est ni la Chine, ni la Russie, les suspects habituels dès qu’une opération est révélée : non, le pays le plus avancé, ce sont les États-Unis, qui ont, selon l’étude, quelque dix ans d’avance sur les Chinois.

Si les États-Unis sont les seuls à cocher toutes les cases de la première catégorie, il y en a plus en deuxième catégorie : la Chine et la Russie, mais aussi la France, seul pays de l’Union européenne dans cette liste. On y trouve aussi Israël, le plus petit des pays de son groupe, mais dont on connait les capacités cyber et qui n’hésite pas à les utiliser, notamment contre l’Iran.

L’Iran quant à lui se retrouve en troisième catégorie, loin derrière donc. Les autres pays de la catégorie sont tous en Asie : Japon, Inde, Corée du nord, Vietnam, Indonésie et Malaisie.

On trouve là un état du monde contrasté entre les pays qui ont naturellement les capacités technologiques et militaires pour occuper ce nouveau terrain, et ceux qui n’en ont pas nécessairement les moyens mais ont fait ce choix stratégique. Le meilleur exemple est la Corée du nord, faiblement numérisé et économiquement en retard, mais qui, dans le nucléaire ou le cyber, a développé des capacités bien au-dessus de ses moyens.

Mais les capacités ne signifient pas nécessairement l’usage. Les États-Unis sont ainsi les plus avancés, mais pas nécessairement les plus actifs sur un plan offensif, même si on sait qu’ils ont mené des actions contre l’Iran ou la Corée du nord.

Mais ce que montre cette étude, c’est que lorsque Joe Biden, lors de sa récente rencontre avec Vladimir Poutine, l’a mis en garde de ne pas mener de cyber-attaques contre des objectifs sensibles sous peine de représailles identiques, il a les moyens de ses menaces.

C’est le propre de la dissuasion de pouvoir infliger à son adversaire ce qu’il tente de vous faire. C’est ce qu’on a appelé à l’ère nucléaire « l’équilibre de la terreur », lorsque Américains et Soviétiques avaient chacun la capacité de détruire l’autre.

Dans l’univers cyber, on n’en est pas encore là. Mais il était important de pouvoir évaluer correctement les capacités des acteurs de cette cyber-planète pour pouvoir espérer, un jour, fixer des règles du jeu, comme dans d’autres types d’armements. Cette étude de l’IISS y contribue, et en donnant une telle avancée aux Américains, elle peut aider à calmer bien des ardeurs de leurs adversaires.

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