Le dernier soldat américain a quitté Kaboul mardi, concluant la guerre d’Afghanistan sur un échec. Les leçons de ce conflit sont d’abord politiques, et interpellent les alliés comme les adversaires de l’Amérique.

Le Président Joe Biden et son épouse lors d’une cérémonie dimanche, à l’arrivée des cercueils des soldats américains tués à Kaboul.
Le Président Joe Biden et son épouse lors d’une cérémonie dimanche, à l’arrivée des cercueils des soldats américains tués à Kaboul. © AFP / SAUL LOEB / AFP

Avec quelques heures d’avance, les derniers soldats américains ont donc quitté Kaboul mardi matin, mettant fin à la plus longue guerre de l’histoire américaine, qui s’achève sur une débâcle. Les images de l’aéroport de Kaboul depuis deux semaines, ou celles du retour aux États-Unis des cercueils des soldats tués dans l’attentat de Daech, ont provoqué des commentaires définitifs sur la fin de l’empire américain. Qu’en est-il vraiment ?

La défaite en Afghanistan est un événement majeur, mais l’histoire américaine n’en manque pas ; à commencer par la chute de Saigon en 1975, avec laquelle le parallèle a été fait. Mais au Vietnam, les pertes américaines ont été 27 fois supérieures à celles de la guerre en Afghanistan. Le traumatisme fut considérable, mais il n’a pas empêché les États-Unis de rester une superpuissance.

Parmi les autres revers stratégiques américains, citons la chute du Shah d’Iran en 1979, avec la prise d’otages humiliante des diplomates américains à Téhéran, et le raid manqué décidé par le Président Jimmy Carter. En Somalie en 1993, un engagement américain tourna au désastre et Bill Clinton retira ses forces ; un échec, là encore cuisant, face à des combattant bien moins aguéris. L’intervention en Irak, en 2003, a coûté deux fois plus de victimes aux États-Unis qu’en Afghanistan, et a donné naisssance à Daech.

L’échec d’Afghanistan est-il réellement significatif ? Ce qui est significatif, ce n’est ni l’échec militaire, qui, on l’a vu, n’est pas sans précédents ; ni même le chaos de l’évacuation de Kaboul qui restera pourtant un incroyable ratage de la première armée mondiale. Ce sont les conséquences politiques qui sont significatives et qui donnent lieu à de nombreux débats.

Il ne faut pas se tromper d’interprétation, car les conséquences pourraient être importantes. A commencer par le fait que l’Amérique de Joe Biden n’est pas devenue isolationniste : le Président américain a lui-même réaffirmé ses engagements vis-à-vis des pays liés aux États-Unis par des traités, comme les Européens de l’Alliance atlantique, la Corée du Sud ou le Japon.

La principale leçon de Kaboul, c’est que, dans la suite de Barack Obama et Donald Trump, Joe Biden a décidé que l’Amérique ne serait plus le gendarme du monde. C’est bien une tendance de fond, l’hyperpuissance des années 90 a réduit ses ambitions, et redéfinit ce qu’elle considère comme ses intérêts stratégiques vitaux.

La crédibilité des États-Unis n’est-elle pas entamée ? C’est la question-clé, et elle se pose autant pour les alliés que pour les adversaires de l’Amérique. Le Président ukrainien Volodymyr Zelensky, se trouve actuellement à Washington, et il espère obtenir de Joe Biden des garanties sur l’attitude américaine en cas de conflit avec la Russie. Si Poutine, comme au printemps dernier, menace l’Ukraine, que feront les États-Unis ? L’Europe aussi aimerait le savoir…

Le trouble que l’Afghanistan a semé, c’est cette question de la fiabilité des garanties américaines. Les adversaires de Washington s’en donnent à cœur joie, comme les Chinois qui disent aux Taïwanais qu’ils ne doivent plus compter sur le soutien américain. Les dirigeants chinois croient-il vraiment que les États-Unis resteraient passifs en cas d’attaque de l’île ? Ce serait un pari risqué.

Le doute créé par l’échec afghan ne sera levé que par les Américains eux-mêmes, qui restent la première puissance mondiale, mais dont le reste du monde est en droit de se demander l’usage qu’ils en feront dans l’avenir.

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