Un commentaire relayé par les médias officiels parle d’une « révolution profonde », qui s’attaque aux mœurs comme aux grands groupes privés. Le Parti communiste veut renforcer son emprise sur le pays à un moment délicat.

La pensée de Xi Jinping en vente à Hong Kong, et désormais au programme des écoles chinoises.
La pensée de Xi Jinping en vente à Hong Kong, et désormais au programme des écoles chinoises. © AFP / EyePress News / EyePress via AFP

Un vent mauvais souffle de nouveau sur la Chine, qui rappelle aux plus anciens les temps troublés de la Révolution culturelle, la violence en moins. Depuis plusieurs mois, toute une série de mesures apparemment isolées dessinent une nouvelle orientation politique et économique, et surtout une reprise en mains idéologique du pays par le numéro du Parti communiste chinois, Xi Jinping.

Comme toujours en Chine, les signaux politiques prennent des voies indirectes. Cette semaine, on ne parle en Chine que d’une note de blog qui serait anodine si elle n’était relayée par les principaux médias du Parti, à commencer par le très officiel Quotidien du Peuple. Ce blogueur, Li Guangman, annonce une « révoution profonde », et prévient que tous ceux qui s’y opposeraient seraient « écartés ». Il dénonce la culture occidentale, les stars qui privent la jeunesse de sa virilité, et les capitalistes qui s’enrichissent en une nuit.

Cette réthorique était autrefois celle de groupuscules néo-maoïstes ; elle est aujourd’hui au cœur du discours officiel. Le Président Xi Jinping a lui-même annoncé un nouveau cap, la « prospérité commune », visant à réduire les inégalités considérables qui se sont creusées ces quatre dernières décennies, à la faveur du développement rapide de la Chine.

Il y a un double objectif dans la nouvelle ligne qui a commencé à apparaître il y a déjà plusieurs mois, lorsque l’entrepreneur chinois le plus connu, Jack Ma, fondateur du groupe de commerce en ligne Alibaba, a d’abord « disparu » plusieurs semaines, puis a réapparu mais placé sur la touche.

Le premier objectif, louable et cohérent, est de répondre à la grogne populaire, notamment de la classe moyenne, sur plusieurs sujets, comme le prix excessif de l’immobilier, sujet de spéculation massive, y compris par de nombreux cadres du Parti ; ou le coût du soutien scolaire, clé de la reproduction des élites en Chine. Les géants du numérique sont la cible principale des critiques. Enfin, le pouvoir a certainement fait plaisir aux parents en limitant à trois heures par semaine le temps autorisé aux jeunes sur les jeux vidéos.

Mais ces mesures populaires ont un autre objectif : réaffirmer l’autorité du Parti communiste sur tout, y compris l’économie privée. Le rappel à l’ordre est brutal : il n’y a qu’un seul patron en Chine, c’est Xi Jinping.

Cette « campagne de rectification », comme on disait autrefois en Chine, survient à un moment délicat. Moment international avec la confrontation de plus en plus frontale avec les États-Unis ; Il est significatif que la note de blog de ces derniers jours parle de la menace de « révolutions de couleur » en Chine, une référence aux soulèvements dans les ex-républiques soviétiques, et que Pékin attribue aux services américains.

Moment politique aussi, avec le 20ème Congrès du Parti communiste chinois prévu dans un peu plus d’un an, et qui devra accorder un troisième mandat à Xi Jinping, après avoir fait sauter la limite de deux mandats instaurée par Deng Xiaoping, le principal successeur de Mao.

Xi Jinping est sans doute l’homme le plus puissant au monde, sans le moindre contre-pouvoir. Il vient d’imposer l’étude de sa pensée dans les écoles chinoises pour compléter son emprise sur un pays qui n’avait pas connu ça depuis Mao. La Chine a connu une incroyable expansion économique ces dernières années, mais celle-ci s’accompagne aujourd’hui d’une véritable régression politique. Ca semblait incompatible, mais Xi Jinping l’a fait !

Contact