La mort d'un jeune opposant biélorusse en Ukraine, retrouvé pendu dans un parc de Kiev, montre à quel point Minsk a décidé de s'affranchir des règles d'un Etat civilisé.

Hier, un dissident politique biélorusse a été retrouvé mort en Ukraine. Il s'appelait Vitaly Shishov, il avait disparu depuis 24h et il a été retrouvé pendu dans un parc de Kiev où il était installé depuis quelques mois et d'où il dirigeait la Maison biélorusse en Ukraine, un groupe de dissidents au régime de Loukashenko.

On va écarter tout de suite l'hypothèse d'un suicide : M. Shishov était jeune, en couple, il avait disparu la veille alors qu'il sortait pour son footing quotidien, mais surtout, selon les premiers éléments de l'enquête, son visage était tuméfié :

En clair, il a été battu avant d'être pendu jusqu'à ce que mort s'en suive. Mais surtout, ce n'est pas la 1ère fois que les services secrets biélorusses utilisent cette méthode barbare pour se débarrasser de dissidents trop entreprenants :

En 2010, le fondateur du groupe de dissidents Charter 97, Oleg Bebenin, avait lui aussi été trouvé pendu dans sa maison secondaire des environs de Minsk, la capitale biélorusse. Autrement dit, ce n'est pas seulement une habitude, c'est une signature.

Le régime biélorusse n'a plus de retenue

J'allais vous dire que c'est aussi devenu une signature : voilà tout de même un régime qui, souvenez-vous, a été capable en mai dernier de détourner un avion de ligne pour récupérer le jeune dissident Roman Protassevitch et sa compagne :

De la même façon, il y a quelques jours à peine, l'athlète biélorusse Kristina Tsimanouskaya a failli être rapatriée de force pour avoir osé critiquer les officiels de son équipe olympique. Elle est aujourd'hui en sécurité à l'ambassade polonaise au Japon.

Depuis les manifestions d'août 2020 contre la réélection d'Alexander Loukashenko, se sont 14 000 Biélorusses qui ont été contraints à l'exil, essentiellement dans les pays voisins : Pologne, Ukraine et Lituanie. Souvent des jeunes qu'il faut vite effrayer :

Effrayer les jeunes dissidents, même exilés

Il s'agit pour Minsk de faire face à une nouvelle génération de dissidents : jeunes, connectés et souvent bien formés. Le premier réflexe d'un régime dictatorial est donc de les réprimer en interne. Pour la Biélorussie, c'est désormais chose faite :  

Des milliers de manifestants d'août 2020 ont été arrêtés, incarcérés, torturés, leurs familles inquiétées. Depuis mai, les lois du pays permettent aux forces de l'ordre de tirer à vue sur des opposants et les amnistient par avance de toutes poursuites.

Restent ceux qui reconstituent à l'étranger des réseaux de résistance. C'est le cas de Vitaly Shishov et de sa Maison de la Biélorussie en Ukraine. Ceux-là, il faut les faire taire avec le message suivant : où et quand nous le voulons. C'est d'ailleurs un classique.

Des méthodes partagées par toutes les dictatures

Souvenez-vous de l'affaire Skripal, cet ancien espion que les services secrets russes sont allés empoisonner à Salisbury en Grande-Bretagne ou de l'Arabie saoudite qui a fait assassiner le journaliste Khashoggi à Istanbul. La Chine, elle, enlève plutôt.

En clair, toutes les dictatures se regardent, se copient dans une sorte d'émulation sordide : qui sera le plus cruel ou organisera l'opération hors de ses frontières la plus osée. La Biélorussie est juste en train d'écraser la concurrence.

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