Un unique avion évacuera la communauté française samedi, signe du peu d’espoir de sauver Kaboul de l’offensive des talibans qui avance vite. Un échec occidental après vingt ans de guerre.

Peinture murale à Kaboul, le 11 juillet. Les crayons ne suffiront pas à se défendre face aux talibans.
Peinture murale à Kaboul, le 11 juillet. Les crayons ne suffiront pas à se défendre face aux talibans. © AFP / SAJJAD HUSSAIN / AFP

Le communiqué de l’ambassade de France à Kaboul est sans ambiguïtés sur la suite des événements. Il y aura un avion, un seul, pour évacuer la communauté française en Afghanistan, ce samedi, en raison, précise le message, "de l'évolution de la situation sécuritaire dans le pays et compte tenu des perspectives à court terme". On aimerait croire que ce message s’adressait aussi aux derniers traducteurs afghans de l’armée française, tout aussi menacés.

Cette évacuation - et la France n’est évidemment pas la seule à évacuer ses ressortissants - est le signe qu’il n’y a pas grand monde pour croire que l’armée nationale afghane sera de taille face aux talibans lorsque les derniers soldats américains seront partis. Les combattants islamistes sont passés à l’offensive, et revendiquent le contrôle de 85% du territoire afghan.

L’armée afghane s’est plusieurs fois rendue sans combattre, et lorsqu’elle résiste, ça se termine mal. CNN a diffusé hier des images terribles tournées par un amateur le mois dernier : des soldats d’élite afghans qui se rendent une fois leurs munitions épuisées, et qui sont froidement abattus par les talibans. C’est un crime de guerre, mais les talibans ne s’encombrent pas des lois internationales.

La semaine dernière, Joe Biden, qui assume sans états d’âme sa décision de retirer ses troupes, a assuré qu’il ne croyait pas à la chute du régime afghan, et que les États-Unis continueraient à soutenir son armée. Mais cette assurance n’est pas partagée par les services américains, qui prédisent une victoire des talibans à court terme.

Dans cette "si prévisible défaite", pour reprendre le titre d’un livre du chercheur français Gilles Dorronsoro, il y a plusieurs symboles révélateurs de notre époque. 

D’abord, c’est un nouvel échec d’une intervention militaire occidentale, après celui des Américains en Irak, et l’action de la France et du Royaume-Uni en Libye en 2011, qui a ouvert les portes de l’enfer. La réorganisation annoncée du dispositif français au Sahel montre la même difficulté à changer la donne avec les seuls moyens d’une armée, quelle que soit son efficacité. L’ère de ces interventions longues et très politiques est sans doute vouée à s’arrêter.

Ensuite, le grand paradoxe de la débâcle afghane, est que tout le monde est inquiet de l’avancée des talibans : les Russes, les Chinois, les Iraniens, les Turcs, tout autant que les Occidentaux. 

Tous ces pays, qui sont à couteaux tirés par ailleurs, sont incapables, aujourd’hui, de s’entendre sur l’organisation d’une transition en bon ordre, qui aurait préservé les intérêts de la population afghane sacrifiée, à commencer par les femmes auxquelles tant a été promis. Cet échec de ce qu’on ne peut plus guère appeler la "Communauté internationale", en dit long sur l’ampleur des rivalités, même lorsqu’il pourrait y avoir un intérêt commun.

La dernière leçon est celle que le reste du monde va sans doute tirer, sur la fin de la domination occidentale exclusive. Joe Biden a voulu casser le cycle des "guerres sans fin" ; mais il va lui falloir restaurer la crédibilité d’une Amérique qui a perdu, en vingt ans en Afghanistan, des milliers d’hommes, beaucoup d’argent, et entamé son crédit de superpuissance. 

La suite appartient aux Afghans, et elle s’annonce sombre.

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